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Présidente de l’association A.A.E.M (Association pour l’Architecture Écologique Marocaine) et co-gérante de la société d’architectes ARCS-EN-CIEL, Layla Skaly s’est depuis le début de sa carrière engagée dans le secteur de l’architecture écologique. Aujourd’hui, elle continue d’œuvrer au quotidien pour des projets plus respectueux de l’environnement et valorisant les liens sociaux.

Par : M.W · Photos : DR

 

«Je ne recherche pas à figer le savoir-faire ancestral, je vise l’efficience tout veillant à ce que mon travail demeure connecté à l’humain.»

 

Architecte formée à l’étranger, Layla Skaly avait la volonté dès son retour au Maroc d’apporter ses compétences sur des projets porteurs de sens. Rapidement préoccupée par les notions d’architecture durable, elle a accumulé, au fil des années, des compétences sur le terrain dans le domaine de l’architecture écologique. Originaire de la ville de Fès, sa vision de l’architecture a aussi toujours été profondément marquée par l’organisation spatiale de cette cité, sa poésie, ses jeux d’ombrage, …

 

 

 

Quelles sont vos actions en faveur de la construction d’un monde plus durable?
Dès 2012, j’ai œuvré au développement de l’architecture durable en créant le premier symposium sur l’architecture écologique marocaine. Il avait pour but de mettre en lien les différents acteurs du secteur et de faire connaître les actions exemplaires duplicables. C’était une démarche pionnière car à l’époque l’architecture durable n’était pas encore en vogue à l’époque. Pendant des années, j’ai tenu à travailler sur tous les projets possibles mettant en valeur l’architecture de terre notamment dans l’arrière-pays car je tenais à ce que ma pratique de l’architecture soit au service du développement. C’est ce travail sur le terrain qui m’a permis d’accumuler des compétences spécifiques dans l’architecture traditionnelle et écologique. à force de persévérance, j’ai commencé à avoir une certaine légitimité dans le secteur. C’est ce qui m’a permis de participer à des projets de plus grandes envergures et notamment de concevoir des logements HQE – Haute qualité environnementale, duplicable pour le groupe Al Omrane. C’est une vraie satisfaction de voir ce type projet se concrétiser.

Pourquoi avoir fait le choix d’une reconversion dans ce domaine?
Cela répond à une véritable quête de sens. Même si au début de ma carrière, je n’ai pas toujours réussi à aller jusqu’au bout des mes aspirations, je n’ai jamais voulu réorienter ma démarche. Pour moi, c’était primordial d’être en harmonie avec mes valeurs profondes. Je trouve que ce que disait Oscar Wilde me correspond assez bien : La sagesse, c’est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit.

Qu’est ce qui vous tient le plus à cœur dans l’architecture durable?
Aujourd’hui, je milite avant tout pour la maison passive qui s’inscrit dans la conception bioclimatique. Une conception optimisée devrait être la base de tous les projets. L’orientation de la maison est primordiale afin qu’elle soit la moins énergivore possible et qu’elle bénéficie d’une ventilation naturelle croisée. Il est aussi important de penser à la végétalisation du projet notamment la protection de la façade sud. En grandissant entre la médina et une maison à la campagne très verdoyante, j’ai développé une connexion très spéciale avec la végétation. Elle a une place essentielle dans la conception de mes projets. Je collabore en étroite collaboration avec paysagistes notamment en vue d’intégrer des systèmes de récupération d’eaux de pluie, d’assainissements écologiques, …

Selon vous, dans quelles mesures un mode de vie durable, peut-ils être vecteur de développement économique et social?
Dans mon approche d’architecture durable, j’allie intimement les caractères écologique et social. Je m’évertue à utiliser des matériaux naturels et locaux ainsi que le savoir-faire inscrit dans nos régions. Je pense que vivifier le patrimoine immatériel de la construction peut être générateur de revenu. Nous avons un travail à faire pour sauvegarder les connaissances ancestrales des maâlems tout en créant des emplois qui vont dans le sens de la perpétuation et du progrès. Dans mes projets, j’ai le souci de rester connectée à l’humain tout en visant l’efficience. En ce qui concerne l’architecture de terre, il est essentiel de croiser les chemins pour poursuivre la réflexion et avancer efficacement en faisant appel aux maâlems mais aussi aux laboratoires capables d’optimiser la matière.

Pensez-vous qu’il ait été favorable à un éveil des consciences en matière de durabilité?
Je dirais que cela a été phénoménal. Très vite, j’ai eu énormément de gens qui m’ont contactée car ils étaient désireux de changer de cap. En plus de vouloir vivre loin de la ville, ils voulaient renouer avec une certaine simplicité en optant pour une architecture en terre intégrée à l’environnement. Certains clients avaient cette aspiration depuis pas mal de temps, mais c’est la crise sanitaire qui leur a offert l’élan pour la concrétiser. Plus largement, j’ai observé une vraie quête de sens. Avant, elle n’était pas forcément assumée. Aujourd’hui, je dirais qu’elle est partagée. Cela me donne l’espoir d’un avenir meilleur. Dans la sphère professionnelle, j’ai constaté lors d’importantes réunions que le quantitatif avait résolument laissé sa place au profit de notions comme le lien social, l’équilibre, le bien-être ou encore la lutte contre la discrimination spatiale.

Selon vous, quel rôle doit y jouer la femme?
Je suis convaincue que le Maroc pourra avancer à condition que les femmes aient davantage de postes décisionnaires. Pour voir l’architecture durable et les projets porteurs de sens se généraliser, une remise en question du système s’impose. Il est essentiel de s’éloigner de la logique mercantile qui pousse à construire à l’infini. C’est peut-être un peu galvaudé mais je pense que les femmes sont davantage concernées par des projets d’utilités publiques et sensibles à la durabilité. La construction est un secteur d’hommes toutefois lorsqu’une femme est compétente, elle peut très bien y faire sa place. Pour qu’elles puissent y arriver, il est primordial qu’elles fassent tomber leurs propres croyances limitantes.

Comment envisagez-vous le Maroc de demain?
Assez positivement! Malgré toutes les petites tracasseries du quotidien, je suis convaincue que le Maroc demeure un pays du possible. Objectivement, je n’aurais jamais eu les mêmes chances ailleurs de prouver ma valeur et d’avoir accès à de grands projets.

Si vous n’aviez aucune contrainte, quel serait votre rêve éco-responsable?
Vivre dans un village écologique où la mixité sociale est de mise! Je voudrais prouver que la vie en éco-quartier où on peut cultiver son jardin, entretenir le lien social, inscrire son enfant dans un établissement scolaire intelligent qui le laisse s’exprimer en tant qu’individu, est possible.

 

Mon message aux lectrices:
Je voudrais les inviter à réfléchir leur place dans la société autrement. En sortant du schéma traditionnel et en misant davantage sur leur épanouissement personnel et professionnel, elles ont la capacité de réaliser de grandes choses et de se mettre au service de causes impactantes pour la société.