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Les alertes à écouter avant de dire oui

By mai 20, 2026 Parents

Imane Kendili
Psychiatre, addictologue,
sexologue et auteure

Certaines tensions apparaissent bien avant le mariage : jalousie excessive, difficulté à communiquer, manque d’écoute ou comportements qui fragilisent peu à peu la relation. Apprendre à reconnaître ces signaux permet de faire des choix plus lucides.

 

« Ce que l’on ressent dès le début est rarement anodin.»

 

Quels sont les signaux d’alerte à ne jamais ignorer avant de s’engager ?
Il y a des évidences que l’on perçoit très tôt mais que l’on choisit d’adoucir. L’intuition capte rapidement ce qui dérange, mais l’envie de croire en la relation pousse à réinterpréter. L’un des premiers signaux reste l’incohérence entre les paroles et les actes : une relation ne se construit pas sur ce qui est dit, mais sur ce qui se répète dans le comportement. La manière de réagir à la frustration est tout aussi révélatrice. Ce ne sont pas les grandes crises, mais les petits désaccords qui comptent. Une distance soudaine, un silence qui s’installe ou une irritation disproportionnée indiquent une difficulté à accueillir l’autre. Le respect des limites est également essentiel : lorsqu’un “non” doit être justifié ou contourné, l’espace personnel se réduit. Enfin, il y a ce ressenti plus discret, cette tension légère ou cette impression de devoir s’adapter. Une relation ne se construit pas sur ce que l’on espère, mais sur ce qu’elle montre déjà.

Pourquoi a-t-on tendance à minimiser certains comportements ou doutes dans une relation ?
L’attachement agit comme un filtre. Il adoucit, justifie et réécrit parfois la réalité pour la rendre plus acceptable. Ce que l’on n’accepterait pas ailleurs devient tolérable simplement parce qu’un lien se crée. À cela s’ajoute la projection : on ne regarde plus la personne telle qu’elle est, mais telle qu’elle pourrait devenir. L’espoir permet de maintenir la relation, même lorsque les faits disent autre chose. Il y a aussi la peur de perdre ou de reconnaître que l’on s’est trompé. Alors on relativise pour éviter une décision plus inconfortable. Minimiser devient une stratégie protectrice, mais elle crée un écart entre ce que l’on ressent et ce que l’on accepte.

Comment distinguer l’amour d’une forme de dépendance affective ?
La différence ne se joue pas dans l’intensité, mais dans la qualité du lien. L’amour laisse de l’espace et permet d’exister en dehors de la relation. La présence de l’autre est un choix, pas une nécessité.
La dépendance affective, au contraire, repose sur un manque constant. L’autre devient une source de validation indispensable, et l’absence crée une tension. Ce qui fait la différence, c’est la liberté intérieure : aimer, c’est pouvoir être soi sans peur de perdre l’autre.

À quel moment faut-il écouter ses doutes plutôt que les rationaliser ?
Les doutes persistants ne surgissent pas sans raison. Ils reviennent malgré les tentatives de les calmer. Le basculement se produit lorsque l’on commence à analyser plus qu’à ressentir, à justifier ce qui fait souffrir ou à minimiser des attitudes répétées. Une relation ne devrait pas demander une vigilance constante. Le moment devient clair lorsque l’on explique davantage la relation qu’on ne la vit. À cet instant, les doutes ne demandent plus à être apaisés, mais reconnus.

Quels comportements révèlent un déséquilibre ou un manque de respect dans le couple ?
Le déséquilibre s’installe souvent de manière progressive, à travers des attitudes répétées. Le manque de constance en est un premier signe : une présence instable crée une insécurité. Il y a aussi des critiques déguisées, des comparaisons ou des jugements qui entament la confiance. Le contrôle, même subtil, réduit l’autonomie, tandis que l’absence d’écoute crée une relation déséquilibrée. Enfin, la gestion des conflits est révélatrice : éviter, inverser les responsabilités ou refuser de reconnaître ses torts empêche toute évolution saine.

Peut-on construire une relation durable malgré des différences profondes de valeurs ?
Les différences peuvent enrichir la relation si elles restent ajustables. Mais lorsqu’elles touchent à des valeurs fondamentales, elles deviennent structurantes. La relation peut tenir, mais au prix d’ajustements répétés qui finissent parfois par devenir des renoncements. Une relation durable repose sur la compatibilité de ce qui ne peut pas être négocié.

Comment réagir face à des promesses répétées mais non suivies d’actes ?
Les mots peuvent rassurer, mais une relation se construit sur les actes. Lorsque les promesses se répètent sans changement, cela devient un mode de fonctionnement. Il devient essentiel de regarder la réalité des comportements plutôt que l’intention. Une promesse non suivie d’effet perd sa valeur. Ce sont les actes qui donnent la mesure de l’engagement.

Quels sont les indicateurs d’une relation saine sur laquelle on peut réellement construire ?
Une relation saine repose sur la sécurité émotionnelle, la cohérence et le respect. Chacun peut s’exprimer librement, les actes suivent les paroles et l’investissement est équilibré. Mais surtout, il y a ce ressenti fondamental : l’apaisement. Une relation saine ne crée pas de tension constante, elle permet simplement d’être soi.

À OBSERVER AVANT DE S’ENGAGER
• La capacité à reconnaître ses torts
• Le respect émotionnel au quotidien
• La cohérence entre paroles et actes
• Le sentiment d’être écouté et considéré