
Ftom El houari
Yoga thérapeute et professeur de yoga
fonctionnel (Hatha, Ashtanga)
@ftomyoga
L’Instant Miroir
Quand j’étais plus jeune, le cancer du sein, c’était la maladie des vieilles dames. J’en ai entendu parler par une de mes tantes qui l’a eu et qui s’en est sortie sans ce que je voyais dans les séries télé. J’ai grandi. Et puis une autre de mes tantes (comme une deuxième maman) a aussi eu un cancer. J’ai paniqué. Et puis elle m’a rassurée : c’est détecté tôt, c’est bon, elle gère, elle demande juste qu’on lui fiche la paix.
Et puis je me souviens d’une copine du lycée. Elle décède vers 35 ans d’un cancer du sein foudroyant. Je me souviens surtout que je n’ai pas eu le courage d’aller à l’enterrement. Depuis que je suis yoga thérapeute, je croise des médecins, des aides-soignants, des associations. Je collabore avec un super centre de soins intégratifs à Casablanca. J’y vois des malades en traitement ou en sortie de maladie. À chaque rencontre, de l’espoir, de la soif de vie. De la vraie vie.
Et puis à chaque rencontre d’une soignante, je vois de la fatigue. De la peur. Du doute exacerbé. C’est dommage, parce que ce sont ces personnes qui sauvent en premier. Il y a quelques semaines, une connaissance me racontait l’histoire de sa copine : une power Woman à qui on a diagnostiqué un cancer. Et autour d’elle, tout le monde essaie de lui montrer qu’elle peut s’en sortir. Mais la malade, elle, ne veut qu’une chose : qu’on lui fiche la paix. Que les gens autour d’elle restent normaux.
Le Décodage : Ce que le corps essaie de te dire
Quand on (le corps) entend le mot «cancer», le corps se ferme. Il retient son souffle. La poitrine se contracte, les épaules remontent, le ventre se verrouille. C’est un réflexe de protection. Le cerveau pense : danger, menace, fin. Et du coup, tout s’arrête. Pour celle qui reçoit le diagnostic : peur, perte de contrôle, besoin de paraître forte. Elle gère les appels, les visites, les conseils bien intentionnés. Elle tient bon. Elle ne respire plus. Pour celle qui accompagne : peur de la perdre, culpabilité de ne pas pouvoir la sauver, épuisement à devoir rester positive tout le temps. Elle sourit. Elle dit «ça va bien se passer». Elle aussi retient son souffle. Pour celle qui soigne : responsabilité écrasante, doute sur ses choix, fatigue de porter le poids des autres. Elle vit chaque jour avec l’impuissance. Elle rentre chez elle épuisée. Et dans tous les cas, c’est la même respiration bloquée. On respire à peine. On oublie que respirer, c’est rester vivante. C’est la seule chose qu’on maîtrise quand tout le reste s’écroule.
Le problème ?
Si tu es la seule à retenir ton souffle, les autres vont aussi retenir le leur. Tu les entraînes dans ta panique. C’est pour ça que la malade demande juste qu’on la laisse tranquille. Pas parce qu’elle est forte. Parce qu’elle a besoin que quelqu’un respire avec elle. Que le silence soit un soulagement, pas une preuve d’abandon.
Le Rituel : Respirer ensemble
Ce n’est pas un rituel de performance. C’est juste : vous n’êtes pas seules. Et la respiration, c’est comment on le dit.
1. Si tu reçois le diagnostic
Pose-toi une main sur le cœur, l’autre sur le ventre. Inspire lentement. Expire. Recommence trois fois. Pas pour te calmer. Pour te rappeler que tu es là. Vivante. Que ton corps ce n’est pas l’ennemi.
2. Si tu accompagnes quelqu’un
Asseyez-vous. Respirez ensemble. Pas de discours. Pas de «ça va bien se passer». Juste : respire avec moi. Quand deux personnes respirent au même rythme, ça crée une sécurité. Ça dit sans parler : tu n’es pas seule.
3. Si tu soignes
Avant le patient suivant, respire une minute. Mains sur ta poitrine. Descends l’air jusqu’au ventre. Expire lentement. C’est pas de l’égoïsme. C’est comment tu restes debout. Une soignante qui respire ce n’est pas faible. Ce n’est pas égoïste. C’est une soignante qui peut tenir.
L’Invitation au mouvement
Octobre rose, ce n’est pas un mois de stress en plus. Ce n’est pas un mois de combativité forcée. C’est un mois où vous respirez ensemble. Pas seule. Pas en silence. Pas en retenant son souffle.
C’est dans cette respiration partagée que quelque chose peut vraiment changer.
Raht al bal.
Ftom El Houari
Yoga thérapeute et professeur
de yoga fonctionnel – @ftomyoga










