
À trois mois des élections, une enquête nationale dessine le portrait d’une jeunesse plus exigeante que désengagée. Derrière l’abstention se cachent surtout une forte attente de crédibilité, de proximité et de transparence.
«Les jeunes ne désertent pas la démocratie. Ils attendent surtout qu’elle leur ressemble davantage.»
Les jeunes Marocains ne tournent pas le dos à la démocratie. Ils expriment surtout une profonde exigence envers la vie publique. C’est l’un des principaux enseignements de cette enquête nationale menée auprès de plusieurs milliers de jeunes.
Contrairement aux idées reçues, beaucoup continuent de considérer le vote comme un acte citoyen essentiel. En revanche, ils sont nombreux à douter de la capacité des responsables politiques à répondre à leurs préoccupations.
Une confiance à reconstruire
Cette défiance ne traduit pas un désintérêt pour la politique. Elle révèle surtout une attente d’une parole plus crédible, d’un dialogue plus direct et d’engagements concrets plutôt que de promesses.
Les réseaux sociaux sont désormais leur première source d’information politique. Ils y suivent l’actualité, confrontent les points de vue et échangent plus librement qu’au sein des canaux traditionnels.
Une jeunesse qui veut être entendue
Les jeunes souhaitent voir émerger une nouvelle génération de responsables politiques, plus proches de leurs réalités et capables d’apporter des réponses concrètes à leurs préoccupations. Plus qu’un rejet de la démocratie, cette enquête révèle une jeunesse qui veut retrouver confiance dans la vie publique et redevenir pleinement actrice du débat citoyen.
LES CHIFFRES CLÉS
– 41,3 % des jeunes interrogés se sont abstenus lors des dernières élections.
– Le vote reste pourtant considéré comme un devoir civique par une majorité des répondants.
– Les réseaux sociaux sont devenus leur première source d’information politique.
– Les jeunes réclament davantage de transparence et de proximité.
– Ils souhaitent voir émerger une nouvelle génération de responsables politiques.
« Restaurer la confiance commence dès l’enfance »

Farah Bellakhdar, psychologue clinicienne, analyse les ressorts psychologiques de l’engagement citoyen chez les jeunes.
À trois mois des élections, la défiance des jeunes envers la politique interroge autant qu’elle inquiète. Pour Farah Bellakhdar, cette distance ne traduit pas un rejet de la démocratie, mais une attente plus forte de cohérence, de dialogue et de confiance.
L’engagement citoyen se construit-il dès l’enfance ?
Oui. L’engagement ne s’enseigne pas comme une leçon : il se construit au quotidien.
L’enfant apprend avant tout en observant les adultes qui l’entourent. Des parents qui respectent leurs engagements, écoutent, dialoguent et assument leurs responsabilités lui montrent concrètement ce que signifie s’impliquer. Lui confier progressivement des responsabilités et lui permettre de participer aux décisions qui le concernent développe naturellement son sens de l’engagement et sa confiance en lui.
Pourquoi les jeunes semblent-ils aujourd’hui plus méfiants envers les institutions ?
Je dirais qu’ils sont surtout devenus plus exigeants. Ils grandissent dans un environnement où l’information circule en permanence et où les dysfonctionnements sont très visibles. Ils attendent davantage de cohérence, de transparence et de justice. Lorsqu’ils sentent que leur parole est réellement prise en compte, la confiance peut se reconstruire. Elle naît toujours du dialogue et d’expériences positives.
Comment développer l’esprit critique sans tomber dans le cynisme ?
L’esprit critique consiste à apprendre à vérifier, comparer et comprendre. Le cynisme, lui, conduit à penser que tout est forcément négatif. Toute la différence est là. Les jeunes doivent être encouragés à questionner les informations, à diversifier leurs sources et à accepter la complexité du monde. Une pensée nuancée protège davantage qu’une méfiance systématique et permet de rester engagé sans perdre confiance dans les autres.
Au fil de ces regards croisés, une évidence s’impose : les jeunes ne tournent pas le dos à la démocratie.
Ils souhaitent être écoutés, associés et considérés comme de véritables acteurs du changement.
Restaurer la confiance reste le premier pas vers un engagement durable.
«Les jeunes ne rejettent pas l’engagement. Ils attendent simplement des institutions qu’elles soient à la hauteur de leurs attentes.»
Dossier réalisé à partir d’une enquête nationale sur les jeunes Marocains et enrichi de témoignages et d’analyses d’experts.
« Notre ambition : réconcilier les citoyens avec le vote »

En quelques semaines, Ismaïl Lahlou et Yassine Lahlou Kamal ont lancé Sawti.info avec une ambition : rendre l’information électorale plus simple, plus fiable et plus accessible.
Les cofondateurs de Sawti.info expliquent comment le numérique peut rapprocher les citoyens des urnes.
Pourquoi avoir lancé Sawti.info ?
Tout est parti d’un constat simple : beaucoup de citoyens souhaitent participer pleinement à la vie démocratique, mais ne savent pas toujours où trouver une information fiable et accessible. Nous avons nous-mêmes rencontré cette difficulté, notamment en vivant à l’étranger. Nous avons donc créé Sawti.info pour accompagner tous ceux qui veulent mieux comprendre les élections, s’inscrire sur les listes électorales et voter en connaissance de cause. En moins de deux mois, la plateforme était en ligne.
Comment le numérique peut-il rapprocher les citoyens des urnes ?
Le numérique permet de rendre l’information plus simple, plus rapide et plus accessible. Il aide aussi à mieux comprendre les programmes, à comparer les propositions et à identifier les sujets qui préoccupent réellement les citoyens. Notre objectif est de créer un lien plus direct entre les électeurs et les décideurs, grâce à des contenus clairs, des données vérifiées et des formats faciles à consulter.
Comment lutter contre la désinformation ?
Nous privilégions toujours la diversité des sources et la vérification des informations. Presse nationale, médias internationaux, réseaux sociaux : nous croisons les contenus avant de les publier. Notre indépendance est essentielle. Nous voulons offrir aux citoyens une information claire, neutre et compréhensible afin qu’ils puissent se faire leur propre opinion.
«Notre objectif n’est pas de convaincre les citoyens pour qui voter, mais de leur donner les moyens de voter en connaissance de cause.»
« Les jeunes ne sont pas désengagés, ils veulent être utiles »

Pour Achraf Belhayane,
le désengagement des jeunes est souvent surestimé. Le véritable enjeu est de leur redonner confiance et de leur montrer que leur engagement peut réellement faire évoluer les choses.
Achraf Belhayane, président de la Ligue de la jeunesse pour le développement et de la solidaritéent et de la solidarité
Pourquoi les jeunes semblent-ils se détourner de la politique ?
Au contraire, la Génération Z s’intéresse beaucoup à ce qui se passe dans le pays. Les jeunes suivent l’actualité, débattent des sujets politiques et donnent leur avis chaque jour sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, ils ne se contentent plus de regarder la politique, ils participent aussi au débat public.
Le vrai problème n’est donc pas le manque d’intérêt pour la politique, mais plutôt le manque de confiance envers les partis politiques. Beaucoup de jeunes doutent que leur vote puisse réellement changer les choses. Le défi aujourd’hui est donc de leur redonner confiance et de leur montrer que leur participation est importante.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes qui doutent encore de l’utilité du vote ?
Je voudrais leur dire que voter est un droit, mais aussi une responsabilité. Plus les jeunes participent aux élections, plus ils peuvent influencer les résultats et contribuer à rendre la vie politique plus transparente.
Le vote est important, mais il ne faut pas s’arrêter là. J’encourage aussi les jeunes à s’engager dans la vie politique, à rejoindre un parti ou même à se présenter aux élections. Il ne faut pas avoir peur de faire le premier pas.
On n’est pas obligé de gagner dès la première participation. Chaque expérience permet d’apprendre, de gagner en confiance, d’être plus proche des citoyens et de mieux comprendre la réalité du travail politique.
Si les jeunes veulent vraiment changer les choses, ils doivent être présents, participer et prendre leurs responsabilités. Le changement ne viendra pas tout seul. Il viendra grâce à des jeunes qui décident de s’engager, d’agir et de croire que leur voix peut réellement faire la différence.
«Le véritable défi n’est pas de convaincre les jeunes de s’intéresser à la politique, mais de leur redonner confiance.»








