Dépistage, avancées thérapeutiques, soutien psychologique et qualité de vie : la prise en charge du cancer du sein évolue vers une approche toujours plus personnalisée. À l’occasion d’Octobre Rose, le Dr Malak Hajji, du groupe Oncorad, revient sur les signes qui doivent alerter, les progrès médicaux et l’importance d’un accompagnement global des patientes.
Le cancer du sein touche-t-il de plus en plus de femmes jeunes ? Quels signes doivent les alerter ?
Certaines données internationales, notamment américaines, montrent une augmentation des cancers du sein chez les femmes de moins de 50 ans. Il faut toutefois distinguer ces observations de la situation au Maroc et rappeler que le risque augmente avec l’âge. Le message essentiel est qu’une femme jeune ne doit pas négliger un changement au niveau de son sein sous prétexte qu’elle n’a pas encore atteint l’âge du dépistage.
Une boule dans le sein ou sous l’aisselle, une modification de la forme du sein, une rétraction du mamelon, une peau qui se creuse ou prend un aspect de peau d’orange, ou encore un écoulement inhabituel, notamment sanglant, doivent conduire à consulter. Une anomalie mérite un avis médical, même si elle n’est pas douloureuse ou si une mammographie récente était rassurante.
La plupart des changements du sein sont bénins, mais il est nécessaire de les faire examiner. Il ne s’agit pas de vivre dans l’inquiétude, mais de connaître son corps et de consulter lorsqu’un changement apparaît. Les antécédents familiaux de cancer du sein ou de l’ovaire doivent également être signalés au médecin afin d’adapter la surveillance.

Quelles sont les dernières avancées dans le traitement du cancer du sein et leurs bénéfices pour les patientes ?
Le progrès majeur réside dans la personnalisation des traitements. Nous savons aujourd’hui que les cancers du sein constituent plusieurs maladies, aux caractéristiques biologiques différentes. Le traitement tient compte de ces caractéristiques, du stade de la maladie, mais aussi de la santé et de la situation personnelle de chaque femme.
Les thérapies ciblées, l’immunothérapie dans certaines formes de cancer et les traitements adaptés à certaines prédispositions génétiques ont élargi nos possibilités thérapeutiques. Leur indication est discutée en réunion de concertation pluridisciplinaire.
La chirurgie permet de conserver le sein dans de nombreuses situations. En radiothérapie, les techniques actuelles permettent de mieux cibler les zones à traiter et de limiter l’exposition des organes voisins, notamment le cœur et les poumons. Les schémas de traitement peuvent également être raccourcis : certaines patientes peuvent bénéficier de cinq séances réparties sur une semaine, selon des critères précis.
Pour les femmes, ces progrès peuvent se traduire par de meilleures chances de contrôle de la maladie, mais aussi par un parcours moins contraignant. L’objectif est de proposer à chacune le traitement le plus efficace, tout en accordant une attention constante à ses effets secondaires et à sa qualité de vie.
Quelle importance accordez-vous à l’accompagnement psychologique et à la qualité de vie des femmes pendant leur traitement ?
L’annonce d’un cancer bouleverse bien davantage que la santé physique. Elle peut toucher l’image de soi, la vie de couple, la maternité, le travail et l’équilibre familial. L’accompagnement psychologique doit pouvoir être proposé dès l’annonce, puis à chaque étape du parcours, y compris après la fin des traitements.
Une femme doit pouvoir exprimer sa peur, sa fatigue ou sa colère sans se sentir obligée d’être forte en permanence. Il n’existe pas une seule bonne façon de traverser la maladie.
Préserver la qualité de vie passe aussi par la prise en charge de la douleur, des troubles du sommeil, des difficultés alimentaires et des effets secondaires. L’activité physique adaptée peut notamment aider à réduire la fatigue et à maintenir les capacités physiques.
Les proches ont également besoin de repères. Ils peuvent apporter une aide précieuse en prenant en charge un trajet, un repas ou une tâche quotidienne, tout en respectant les souhaits de la patiente. Avec les enfants, des mots simples, adaptés à leur âge, permettent d’expliquer ce qui se passe et de maintenir le dialogue.
À l’occasion d’Octobre Rose, Oncorad organise des ateliers d’onco-esthétique, de psycho-oncologie et de yoga. Quels bénéfices apportent-ils aux patientes et quel message souhaitez-vous leur transmettre ?
Ces ateliers répondent à des besoins très concrets, parfois difficiles à exprimer en consultation.
L’onco-esthétique aide les femmes à prendre soin d’une peau fragilisée par les traitements et à apprivoiser les changements de leur apparence. La psycho-oncologie offre un espace d’écoute où elles peuvent parler librement de leurs inquiétudes. Le yoga, lorsqu’il est adapté à leur état de santé et encadré, peut contribuer à diminuer l’anxiété et à retrouver une relation plus apaisée avec leur corps.
Ces approches viennent en complément des traitements anticancéreux. Elles doivent être proposées en lien avec l’équipe soignante, selon les besoins et les possibilités de chacune.
C’est cette vision globale de la personne qui m’a conduite à créer OncoVita : associer à la prise en charge médicale un accompagnement attentif aux dimensions physiques, psychologiques et sociales de la maladie.
Mon message aux patientes est simple : vous avez le droit de demander de l’aide, pour vous comme pour vos proches. Et à toutes les femmes : parlez du dépistage avec votre médecin et consultez dès qu’un changement apparaît. Cette vigilance mérite sa place toute l’année, bien au-delà d’Octobre Rose.










