
Présidente de l’AFEM, Leila Doukali porte une conviction forte : l’avenir économique du pays ne peut s’écrire sans les femmes. Dans cet entretien, elle partage sa vision d’un engagement qui conjugue héritage, audace et responsabilité collective.
Le Maroc ne pourra atteindre ses ambitions économiques que si les femmes montent pleinement à bord.
Quel rôle votre mère a-t-elle joué dans la femme et la cheffe d’entreprise que vous êtes?
Ma mère, Madame Farida Doukali, a été l’une des premières femmes cheffes d’entreprise au Maroc. En 1962, avec mon père, elle a ouvert au centre-ville l’une des premières boulangeries-pâtisseries, toujours en activité ; qu’elle gérait au quotidien, assurant l’ouverture et souvent la fermeture. Dès 5-6 ans, après l’école, je la rejoignais et la voyais tenir son commerce avec une main de fer dans un gant de velours. Elle dirigeait les équipes, surtout des hommes au laboratoire, avec exigence et une approche très sociale. Pendant la Marche Verte, la pâtisserie a tourné jour et nuit pendant un mois, avec des équipes de 8 heures : notre fierté familiale, une manière de participer à cette épopée.
Véritable phénomène, elle s’est aussi lancée dans la pêche hauturière. Là encore, elle ne gérait que des hommes : plusieurs bateaux de 25 à 28 marins, partis pour deux mois. Elle considérait chaque bateau comme une maison, et s’en occupait comme d’un foyer. J’ai tendance à reproduire ce modèle dans mes entreprises.
Car vous avez très vite monté votre propre entreprise…
J’ai grandi dans un environnement d’entrepreneurs : mon père, ma mère, et plus tard, ma sœur aînée, aujourd’hui décédée. Le message que j’entendais quotidiennement, surtout de ma mère, était clair : ne jamais dépendre de quelqu’un. Étudier, être autonome, ne rien lâcher, chercher son émancipation. Mon père partageait pleinement cette mentalité. Alors, oui, dès mon retour de France après mes études, j’ai créé ma première entreprise : «Variations», une enseigne multimarque de prêt-à-porter féminin à Casablanca qui est devenue une franchise avec des ouvertures dans plusieurs villes.
Leila Doukali
étudier, être autonome et ne jamais dépendre de quelqu’un
Votre engagement à l’AFEM, est-il une forme d’héritage transmis par votre mère ?
Totalement. Mon objectif est d’encourager, d’ouvrir des portes. Je crois profondément au potentiel des femmes marocaines, encore trop souvent inexploité, alors que le pays a besoin d’elles comme actrices économiques, je le constate chaque jour. Je veux transmettre à d’autres femmes ce dont j’ai bénéficié : un accompagnement, de la confiance, un élan. C’est mon moteur, et la raison pour laquelle je m’investis bénévolement.
Je suis d’ailleurs «un bébé AFEM» : l’association a été créée en 2000 et a célébré ses 25 ans. J’y suis arrivée grâce à ma sœur, et j’ai vu de près une génération de femmes impressionnantes construire ce mouvement.
J’y ai énormément appris.
Pour conclure, si vous aviez un mot à transmettre aux jeunes filles d’aujourd’hui ?
Le mot : audace.
Que vous apprend votre fille sur sa génération, et comment l’accompagnez-vous ?
Oui, j’ai une fille, Sofia. Elle aura bientôt 21 ans, elle étudie à Paris et suit un bachelor en commerce. C’est mon binôme, ma fierté. Preuve que les chiens ne font pas des chats ; elle a eu très tôt ce sens du business : sa tête bouillonne d’idées, comme toute cette génération. Je voudrais souligner que nous avons un devoir d’adaptation vis-à-vis de ces «bébés digitaux» qui pensent si vite. Il faut les encourager et les suivre. Un jeune qui veut avancer, entreprendre, prendre des risques, écouter et demander conseil… ça n’a pas de prix.










