
Réalisatrice marocaine au regard sensible et affirmé, Meryem Benm’Barek construit un cinéma nourri par l’intime, la transmission et la mémoire. Entre village féminin, résilience et liberté artistique, elle revendique une voix libre, façonnée par l’expérience et l’amour.
«La puissance des images vient de leur vérité, pas d’une intention pédagogique.»
Quel souvenir transmis par une femme a influencé votre regard ?
Je ne crois pas qu’un regard de cinéaste naisse d’un seul héritage. Il se construit au fil des expériences, des rencontres, des doutes et des émerveillements. Le cinéma est pour moi un espace où déposer ces fragments de vie et leur donner forme.
Mais une présence a profondément compté : ma sœur. Quand je doutais, elle me rappelait que j’avais la chance de savoir ce qui me passionnait et que je devais foncer. Sa confiance a été un moteur décisif. Elle m’a permis de dépasser le sentiment d’illégitimité.
Si mon regard s’est forgé dans l’expérience du monde, ma résilience s’est nourrie de cet amour-là.
Meryem Benm’Barek
La puissance d’une image vient de sa vérité, pas d’une intention pédagogique
Votre manière de raconter porte-t-elle un héritage féminin ?
Oui, conscient et inconscient. J’ai perdu mon père très jeune et grandi entourée de femmes : ma mère, mes sœurs, mes tantes. Un véritable village féminin. Avec elles, j’ai appris la force dans la vulnérabilité, la dignité dans l’épreuve, la valeur du lien. Nous portons en nous les traces de celles qui nous ont précédées : dans nos gestes, nos intuitions, notre manière d’aimer et de résister. Je crois à la puissance des lignées féminines. À mon tour, j’essaie de transmettre cela à ma fille, comme une force et une conscience.
En tant que réalisatrice marocaine, ressentez-vous une responsabilité ?
Je me suis défaite de ce poids. Je suis avant tout artiste. L’idée d’une mission assignée peut devenir pesante, surtout lorsqu’on est femme.
Un créateur n’a d’autre responsabilité que d’être fidèle à sa vision. L’authenticité me semble plus essentielle que la représentation exemplaire. La puissance d’une image vient de sa vérité, pas d’une intention pédagogique.
Quelle valeur transmettre aux jeunes femmes ?
Se libérer du regard des autres. Oser. Accepter l’erreur. Prendre sa place et apprendre en marchant. C’est là que commence la liberté créative.
Rien n’est immédiat. Il faut accepter le temps long, la solitude parfois, le doute souvent. Mais c’est dans cette traversée que se forge une voix. Une voix libre ne se réclame pas, elle se construit, patiemment, dans la fidélité à soi.
Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes qui portent un héritage familial fort ?
Porter un héritage est une richesse.
Il faut l’écouter, s’en nourrir, sans le laisser dicter son chemin.
Nos racines nous construisent, mais elles ne doivent jamais nous enfermer.
L’identité est en mouvement.
Ce que nous voulons transmettre aujourd’hui peut évoluer demain, parce que nous évoluons nous-mêmes.
Oser se tromper, se réinventer, suivre son intuition est un acte de courage.
Se préserver, poser des limites, protéger son énergie n’est pas un repli.
C’est une affirmation.
Entre racines et liberté, chacune doit tracer sa propre voie.
Créer son langage.
Choisir sa lumière.
La transmission ne se limite pas à recevoir.
Elle suppose un regard, une conscience, une transformation.
MAIS TRANSMETTRE, CE N’EST PAS REPRODUIRE.
C’EST FAÇONNER SA PROPRE LUMIÈRE.










