
Le 8 mars célèbre les droits des femmes, il met en lumière les combats pour l’égalité, la reconnaissance professionnelle et la justice sociale. Pourtant, un enjeu demeure encore largement absent du débat public : la santé cognitive des femmes.
Par Dr. Majda BRABIJE BRAIN TRAINER
Présidente de l’Association Marocaine des Sports du Cerveau
Tout commence par le cerveau : sa santé conditionne notre bien-être mental.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la santé mentale est un état de bien-être qui permet de faire face au stress, de réaliser son potentiel, d’apprendre, de travailler et de contribuer à la société. Elle repose avant tout sur la santé du cerveau, véritable socle de notre équilibre.
La charge mentale : au-delà du concept sociologique c’est une empreinte neurologique
Si les femmes semblent davantage exposées au multitâche, c’est surtout en raison de l’accumulation des rôles sociaux : gestion du foyer, organisation familiale, suivi scolaire ou responsabilités professionnelles. Autant de tâches souvent invisibles mais cognitivement exigeantes.
Contrairement aux idées reçues, le cerveau ne traite pas plusieurs tâches complexes à la fois : il passe rapidement de l’une à l’autre. Ces basculements répétés fragmentent l’attention, augmentent la fatigue cérébrale et le stress.
Des études montrent que le stress chronique peut altérer les circuits de l’attention et affecter l’hippocampe, région clé de la mémoire. La charge mentale laisse ainsi une empreinte neurologique réelle sur le cerveau.
Le démence : les femmes plus touchées que les hommes
La démence regroupe plusieurs maladies neurodégénératives qui altèrent progressivement la mémoire, le raisonnement et l’autonomie, dont la plus fréquente est Alzheimer. Au Maroc, environ 250 000 personnes seraient concernées et ce chiffre pourrait doubler d’ici 2050. Près des deux tiers des patients sont des femmes, en raison de facteurs biologiques comme les variations hormonales, le stress et aussi l’hygiène de vie globale.
Cela nous rappelle que la santé cognitive se prépare toute la vie.
Prévention : un levier puissant et accessible
Ces constats ne visent pas à inquiéter, mais à rappeler que la prévention peut changer la donne. Une étude de la Johns Hopkins University montre qu’un entraînement cognitif de quelques semaines peut réduire d’environ 25 % le risque de démence. Selon The Lancet, près de 40 à 45 % des cas pourraient être évités grâce à des facteurs modifiables : activité physique, sommeil, stimulation intellectuelle et gestion du stress. Autant de preuves que le cerveau possède une remarquable capacité d’adaptation.
Un nouveau droit qui émerge
Les femmes vivent plus longtemps que les hommes. Dans un Maroc marqué par le vieillissement de la population, leur santé cognitive ne peut plus être reléguée au second plan. À l’heure où l’espérance de vie s’allonge, l’enjeu n’est plus seulement d’ajouter des années à la vie, mais de préserver lucidité, autonomie et agilité mentale. À l’occasion du 8 mars, placer la santé cognitive des femmes au cœur des priorités, c’est déjà anticiper les défis démographiques de demain.










