
Enseignant de philosophie, conférencier et critique d’art, Adil Hajji partage avec nous une réflexion claire et profonde sur le sens du Ramadan. Au-delà du rite, il en a proposé une lecture comme chemin de discernement, d’attention à soi et aux autres, et de ralentissement.
Le Ramadan invite au silence, à la maîtrise de soi et à un temps vécu comme un don.

Quel est le sens spirituel du jeûne chez les musulmans ?
Le jeûne du Ramadan va bien au-delà, on le sait, de la simple privation alimentaire de l’aube au coucher du soleil. Ce mois sacré ne se résume pas non plus à l’abstinence sexuelle entre ces deux moments de la journée. C’est un acte quotidiennement renouvelé, durant un mois lunaire, de purification intégrale, où le corps est affamé en même temps que l’esprit est libéré.
Le mois de Ramadan introduit une rupture salutaire dans le continuum de la vie matérielle et productive. Il ouvre une parenthèse illuminante dans l’existence quotidienne, un espace-temps préservé où l’âme peut se ressourcer et se régénérer spirituellement. C’est une période de réconciliation avec soi-même, avec autrui et, surtout, avec le divin.
En quoi consiste l’ascèse du jeûneur ?
C’est une ascèse difficile qui suppose et enseigne l’humilité, l’endurance, la patience. Jeûner ne consiste pas uniquement à s’abstenir de manger et de boire, mais à s’abstenir de toutes les «indulgences» du corps vis-à-vis de lui-même. Il est crucial en cette «askésis» (le mot grec qui a donné «ascèse») de maîtriser sa parole, d’éviter le mensonge, la médisance, les paroles futiles, salissantes, ou blessantes, bref tout ce qui peut souiller l’âme. Le jeûneur est invité également à retenir sa colère et à brider son impatience, que la faim peut rendre plus vives, et à transformer cette fragilité en occasion de bienveillance, de douceur et, bien évidemment, de maîtrise de soi.
Le jeûne est une école de purification des intentions.
Que nous apprendle Ramadan sur l’art de ralentir ?
Dans nos sociétés saturées de sollicitations et d’injonctions à faire et produire, où la surconsommation s’accompagne d’une dispersion permanente de l’esprit, le Ramadan est l’occasion d’une véritable discipline de l’attention. Il nous offre de ralentir, de respirer, de marquer une pause en réponse à la frénésie et à l’agitation des sociétés modernes, qui conspirent à nous éloigner de nous-mêmes et du monde.
Quelles sont les valeurs promues par le Ramadan ?
Le Ramadan rappelle que la spiritualité se vit dans le partage et fonde les relations humaines. En faisant éprouver la faim, il rend plus sensible à la précarité, transformant la compassion en générosité et en geste solidaire. Le jeûne est aussi une école de discipline et de maîtrise de soi. Il enseigne que la vraie liberté ne consiste pas à céder à toutes ses impulsions, mais à savoir se gouverner. Riches et pauvres s’y retrouvent égaux dans une même ascèse, unis par une humanité commune.
Le Ramadan cultive enfin la patience, cette capacité à supporter l’épreuve sans se plaindre et à différer les satisfactions immédiates.
À travers les repas partagés et les moments de prière, il renforce les liens familiaux et sociaux, faisant naître une fraternité fondée sur l’effort spirituel partagé.
C’est un temps à part, dédié à la purification et à la prière, dont la temporalité agit comme une thérapie. Il nous rappelle que le temps n’est pas à optimiser, mais à sanctifier.










