
Noor Ikken
Autrice
Longtemps l’oralité a joué le rôle du passage de témoin de la tradition. Les anciennes générations racontaient des anecdotes, des histoires et, à travers elles, s’exprimaient les composantes de notre société et de notre culture. Avec la modernité, les voix des conteurs se sont perdues, l’attention des jeunes générations s’est dispersée, la vie se précipite et ne laisse plus le temps à ces instants particuliers de communion qui permettaient l’écoute et la transmission des valeurs. La littérature, lorsqu’elle évoque le passé, permet à sa façon le passage de témoin. Le temps d’une lecture, en communion avec le récit, ses intrigues et les réactions des personnages, le lecteur découvre les traditions, les valeurs et les mentalités d’une époque. Tout ce qui compose notre patrimoine culturel, tout ce qui constitue notre société se réinvente, reprend vie, retrouve ses couleurs, s’anime et s’offre au lecteur pour lui rappeler un passé qui s’est déjà éteint mais qu’il ne doit pas oublier parce qu’il en est le fruit.

Amina Masnaoui Alami
Fondatrice de la Librairie
Porte d’Anfa et organisatrice
de rencontres littéraires
Le secteur du livre au Maroc reste assez stable et marqué par des disparités. Si les grandes villes comme Casablanca, Rabat ou Marrakech disposent de librairies bien fournies, ce n’est pas le cas pour certaines. Cependant, il y a quelques initiatives positives comme le Salon international de l’édition et du livre (SIEL) déplacé à Rabat depuis 2022, ainsi que le Salon jeunesse (SILEJ) de Casablanca qui mettent en avant les auteurs marocains et font découvrir une littérature riche et multilingue. Pour ma part, j’ai aussi apporté une petite contribution à ce secteur, avec l’organisation de deux salons du livre jeunesse à Casablanca et Agadir, ainsi qu’en rapprochant les auteurs de leurs lecteurs, à travers des sorties dans les écoles et des séances de dédicaces en Librairie. Il est impératif d’encourager les jeunes à lire dès leur plus jeune âge, en favorisant des collaborations entre les écoles, les bibliothèques, les maisons d’édition et les librairies. Le livre n’est pas qu’un objet, il est une porte d’entrée vers la connaissance et l’épanouissement personnel. Il est surtout un facteur de développement pour la nation.

Ahmed Soultan
Chanteur
Comme pour de nombreux métiers basés sur les taux d’audience, le monde de la chanson a connu une croissance exponentielle en termes de volume d’œuvres produites et de budgets alloués à l’émergence de nouveaux talents. Cependant, cette évolution se déroule sur des canaux numériques saturés où tout le monde peut se proclamer artiste et créateur.

Mehdi Qotbi
Artiste et Président de la FNM
Depuis sa création en 2011, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la Fondation Nationale des Musées (FNM) accorde une attention particulière à l’épanouissement culturel des jeunes publics. Si les musées sont avant tout des lieux de préservation et de conservation du patrimoine, ils sont surtout des lieux de transmission.
La FNM cherche à rendre les espaces muséaux vivants et dynamiques en organisant des expositions nationales et internationales, des ateliers pédagogiques, en offrant des outils de médiation adaptés, ainsi que la gratuité d’accès aux jeunes. Ces initiatives stimulent leur intérêt pour la culture et favorisent leur sentiment de fierté et d’appartenance, tout en les encourageant à jouer un rôle actif dans la préservation de leur héritage culturel.

Amal Ayouch
Pharmacienne,
actrice et conteuse
Depuis 25 ans, le nombre de spectacles de théâtre a considérablement augmenté. Cependant, un défi majeur persiste : la pérennité des compagnies. Malgré les financements et les formations accessibles grâce au ministère de la Culture, nombreuses sont les compagnies qui peinent à assurer une stabilité à long terme, rendant difficile pour les comédiens de vivre réellement de leur art.
Néanmoins, les jeunes formés à l’ISADAC, dans des conservatoires ou des espaces culturels apportent un souffle nouveau en montant des spectacles.
Et le public répond présent, tant dans les grandes villes que dans les plus petites. Le manque de visibilité de ces productions reste toutefois un obstacle, un problème qu’il est impératif de résoudre pour soutenir cette dynamique culturelle.

Fihr Kettani
Directeur Fondateur du Studio des Arts Vivants
Durant ces 25 dernières années, le paysage artistique marocain a beaucoup évolué. Je cite en exemple Le Studio des Arts Vivants qui a pu bénéficier d’un environnement de plus en plus favorable.
Cet espace artistique et culturel témoigne de l’engouement croissant de la jeunesse marocaine pour l’art et la culture. Les mentalités ont elles aussi évoluées : l’art et la culture ne sont plus perçus comme de simples divertissements, mais comme une véritable industrie culturelle et créative. Ce secteur, structuré et en pleine expansion, constitue aujourd’hui un levier essentiel de développement économique. J’aspire à ce que cette dynamique se renforce encore dans les années à venir.

Kenza Bennani
Styliste, fondatrice
de New Tangier
J’ai quitté le Maroc il y a exactement 25 ans, convaincue que le métier de mes rêves n’y existait pas… Je suis de retour depuis 10 ans maintenant et, s’il y a bien une ancre qui me rattache solidement à ce pays, c’est non seulement le fait que ce métier existe ici, mais aussi que le Maroc nous offre l’opportunité de remettre en question les modèles occidentaux de la mode et d’en inventer de nouveaux, adaptés à nos valeurs, nos savoir-faire, nos contraintes et notre culture. Une approche beaucoup plus libre et dynamique. Vivement les 25 prochaines années et la réinvention de nos univers créatifs !

Amir Rouani
Réalisateur
La production de clips et de spots publicitaires au Maroc a connu une belle évolution. De jeunes créateurs proposent des œuvres audacieuses et innovantes, tout en valorisant la culture locale. Grâce aux technologies et aux plateformes numériques, les talents marocains brillent à l’international. Malgré quelques défis, le secteur conjugue tradition et modernité à travers des récits authentiques.

Touria El Glaoui
Entrepreneure,
fondatrice de la foire d’art contemporain africain 1-54
Dans les deux prochaines décennies, 1-54 ambitionne de poursuivre la promotion des artistes africains et de sa diaspora tout en élargissant sa portée mondiale. Nous souhaitons innover, renforcer les échanges culturels et soutenir l’éducation autour de l’art africain. Le plus bel aboutissement serait que 1-54 n’ait plus besoin d’exister, lorsque le marché inclura pleinement plus de diversité.

Yasmine Chami
Romancière
L’écriture au Maroc a longtemps été le domaine réservé des hommes. Produire une œuvre littéraire, c’est publiquement affirmer une vision du monde, à tout le moins imaginer qu’une voix subjective, la sienne propre, puisse se frayer un chemin jusqu’à rencontrer quelque chose d’universel. Ce n’était certainement pas là une position que les femmes marocaines assumaient dans la société. Il me semble qu’un changement majeur s’est produit depuis. Les femmes ont pris la parole, elles ont considéré que leurs expériences, leurs émotions, faisaient partie de ce qui pouvait être transmis autrement que par la filiation, l’éducation, et les formes d’expression qui leur étaient dévolues : le chant, la danse, les contes… Elles ont enfanté des textes et les ont proposés à la lecture. Puis elles se sont emparées du monde.
Beaucoup de textes publiés ont d’abord été des témoignages, des récits autobiographiques, des expériences puissantes liées à l’engagement politique comme le texte de Fatna el Bouih. Il a fallu attendre les années 2000 pour que la littérature portée par les femmes trouve une place, que l’affirmation d’écrivaines soit effective. Et qu’elles soient publiées au même titre que leurs homologues masculins.