
À l’occasion du mois de la femme, Sophia Anbaoui, Chief Marketing Officer chez Oland Group, revient sur son parcours dans l’industrie, un secteur longtemps dominé par les hommes. Elle évoque la construction de sa légitimité, le développement de la marque marocaine Viva et le rôle croissant des femmes dans l’industrie.
- Vous évoluez dans un univers industriel historiquement masculin. Comment avez-vous construit votre légitimité chez Oland Group ?
La légitimité se construit dans la durée, quel que soit le secteur d’activité, et encore plus dans l’industrie. Pour ma part, j’évolue dans ce secteur depuis 2017. Je n’ai jamais cherché à m’imposer ou à imposer une vision. Les choses se font naturellement.
Je dirais que cette légitimité repose sur trois piliers. D’abord, la maîtrise et la compréhension du processus industriel. Même si je suis dans le marketing, je m’efforce de comprendre comment fonctionne l’usine, les matières premières, les contraintes de production. Je sollicite régulièrement le directeur d’usine pour comprendre les différentes étapes.
Ensuite, il y a la discipline dans l’exécution. Enfin, les résultats. Lorsque ces trois éléments sont réunis, on peut progressivement apporter une vision dans un environnement historiquement très masculin.
- Quelle place occupent aujourd’hui les femmes au sein d’Oland Group ?
Chez nous, la question de la parité est très importante. Aujourd’hui, plusieurs départements stratégiques sont dirigés par des femmes : le marketing, la logistique, la R&D ou encore la qualité.
Nous avons également beaucoup de femmes chefs d’équipe dans l’usine, ce qui n’est pas un rôle facile. Elles doivent parfois gérer des équipes majoritairement masculines et travailler à des horaires très exigeants, tout en conciliant leur vie familiale. Je trouve cela remarquable.
- Vous avez piloté des transformations stratégiques, notamment autour de la marque Viva. Quelle est votre vision pour cette marque sur le marché marocain ?
La décision de lancer la marque Viva est une décision collective. Elle a peut-être été initiée par le marketing, mais elle repose sur l’adhésion de toute l’entreprise.
Pour nous, Viva n’est pas seulement un produit : nous voulons construire une véritable marque marocaine capable de rivaliser avec les grands leaders internationaux et les acteurs historiques du marché.
La marque est relativement récente. Elle a été lancée pendant le Ramadan 2024. Aujourd’hui, nous avons un portefeuille large : fromage triangle, slices, mozzarella, fromage en pot, et d’autres innovations à venir.
- Pouvez-vous rappeler l’évolution d’Oland Group ?
L’entreprise existe depuis 2002. À l’origine, nous étions spécialisés dans l’importation d’ingrédients et matières premières alimentaires tel que la poudre de lait, ferment , matières grasses végétales…
En 2018, nous avons opéré un virage industriel en lançant notre propre production. Puis, en 2024, nous avons décidé de regrouper nos produits sous une seule marque forte : Viva.
- Quel rôle les femmes peuvent-elles jouer dans le développement du “Made in Morocco” ?
Les femmes dirigeantes ont un rôle clé à jouer dans les entreprises marocaines. Elles apportent non seulement une vision de performance économique, mais aussi une dimension humaine et une sensibilité particulière.
En tant que femmes, nous avons souvent plusieurs responsabilités à gérer : professionnelle, familiale, personnelle. Cela développe une capacité de réflexion et d’organisation multi-niveaux qui peut être une véritable force.
Dans le contexte du Made in Morocco, cette vision peut contribuer à construire des marques locales fortes, capables de rivaliser avec les multinationales.
Aujourd’hui, les industriels marocains n’ont rien à envier aux grands groupes internationaux. Nous nous inspirons de leurs bonnes pratiques tout en conservant notre agilité et notre identité.
- Comment la marque Viva s’inscrit-elle dans le quotidien des familles marocaines ?
Notre communication repose sur une idée simple : faciliter la vie des familles. Notre signature est « Koul Youm Nhar Kbir ».
Aujourd’hui, beaucoup de mères de famille travaillent et n’ont pas toujours plusieurs heures pour préparer un repas. Nous proposons donc des produits de qualité, accessibles, qui permettent de préparer rapidement des plats du quotidien.
Avec un simple plat de pâtes ou une recette facile, on peut transformer un repas ordinaire en moment festif.
- Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes femmes qui veulent travailler dans l’industrie ?
Le premier message est simple : il faut arrêter de s’auto-censurer.
Souvent, les femmes se mettent elles-mêmes des limites avant même que quelqu’un ne leur en impose. On se dit que l’industrie est trop complexe, trop difficile… alors que ce n’est pas le cas.
Il existe aujourd’hui des femmes PDG, des directrices d’usine, des directrices marketing ou financières. Les opportunités sont réelles.
Il faut être ambitieuse, aller de l’avant, travailler avec rigueur et croire en ses capacités. Les femmes ont autant de chances que les hommes de réussir.
Et surtout, il faut arrêter de se créer des barrières psychologiques.










