
Entre le Maroc et le Brésil, Lala Tamar porte un héritage fait de générosité, d’égalité et de transmission vivante. À travers sa musique, elle prolonge cette mémoire féminine tout en la transformant, dans une quête de liberté, de métissage et de joie consciente.
Photos : Abdelilah Belam Guimbry
C’est cette joie-là que j’essaie de faire vivre à travers ma musique et dans ma propre vie.
Quel souvenir lié à votre mère symbolise le mieux l’héritage féminin que vous avez reçu ?
Les moments les plus forts que je garde d’elle sont des gestes de générosité. Nous n’avons pas grandi dans l’abondance, mais si elle avait quelque chose, elle ne le retenait jamais. Elle donnait naturellement, humblement, sans calcul, exactement comme l’hospitalité qu’elle offrait à la maison.
Cette manière d’aimer, de prendre soin, de donner sans compter est une qualité profondément féminine que j’ai reçue d’elle. Parfois, elle ne joue pas en ma faveur, mais elle m’accompagne encore aujourd’hui. Pour moi, chanter est une pratique d’amour envers le monde et envers moi-même.
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Existe-t-il un objet transmis que vous associez à votre identité artistique ?
Je porte constamment deux colliers. L’un vient de ma grand-mère marocaine, l’autre est une “Figa” de ma grand-mère brésilienne. Ils symbolisent les deux héritages que je porte dans ma musique.
Deux titres de mon prochain album sont d’ailleurs dédiés à chacune d’elles. Achkid-aylli, en amazigh, écrit pour ma grand-mère de Taznakht, signifie “viens ma petite fille”. Et Pão com Manteiga, écrit pour ma grand-mère Elena, évoque “le pain au beurre”, une expression simple qu’elle utilisait pour parler de la satisfaction d’une vie modeste et essentielle.
Lala Tamar
Chanter est pour moi une manière de transmettre l’amour que j’ai reçu
Quelle valeur transmise par votre mère vous guide le plus dans votre parcours musical ?
Une perception d’égalité. À la maison, il n’y avait ni hiérarchie des différences ni racisme. Tout le monde était respecté.
Cette manière de regarder le monde avec des “yeux égaux” m’a permis d’embrasser mes influences culturelles multiples sans chercher à correspondre à une seule définition identitaire. Je célèbre ces différences, je les explore. Ma musique voyage, rencontre d’autres artistes, traverse les frontières. Elle est nourrie par une vision profondément interculturelle.

À travers votre musique, prolongez-vous cet héritage ou l’avez-vous transformé ?
Les cultures sont vivantes, mouvantes. Je suis une partie de cette chaîne. Donc la réponse est les deux.
Je prolonge mon héritage à travers la manière dont je le canalise. Mais je le transforme aussi inévitablement. Être vivante, c’est changer. Pour moi, l’art n’est jamais figé. Il évolue, respire, se transforme avec nous. puissant.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes femmes marocaines ?
Je ne sais pas si je veux transmettre autant que partager ce que je me répète chaque jour : la joie et le plaisir sont sacrés.
Nos ancêtres vivaient dans des cultures où chanter ensemble, danser ensemble, célébrer le corps et la joie faisaient partie du quotidien. J’aimerais que nous puissions retrouver cet espace nourricier.
Se permettre la joie est un acte puissant.










