
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Casablanca Hotel a réuni plusieurs dirigeantes marocaines lors d’une table ronde dédiée au leadership féminin. Une rencontre organisée au profit de la Fondation Oum Keltoum, où ces femmes engagées ont partagé leur vision, leurs convictions et leur regard sur la place des femmes dans les sphères de décision au Maroc.


Kenza Chraibi
Avocate au Barreau de Casablanca Présidente de l’arrondissement de Sidi Belyout
Comment encourager davantage de femmes à s’engager dans la vie publique ?
La participation politique des femmes ne doit plus être perçue comme une exception, mais comme une normalité démocratique.
Trois leviers sont essentiels : la confiance, la visibilité des modèles et l’accompagnement.
Les jeunes femmes doivent être encouragées à croire en leur légitimité à participer au débat public et à exercer des responsabilités. Chaque femme qui accède à une fonction publique, politique ou économique devient un repère pour les générations suivantes.
L’engagement dans la vie publique exige également des compétences, une formation et un environnement favorable.
À l’occasion du 8 mars, la valeur essentielle à transmettre aux jeunes femmes marocaines est l’audace : croire en leurs capacités, défendre leurs idées et assumer leurs ambitions.
Car l’ambition des femmes n’est pas une revendication personnelle. Elle constitue une force pour la nation.
Le Maroc connaît aujourd’hui une phase de transformation profonde. Dans cette trajectoire, les femmes ne doivent pas seulement être présentes : elles doivent être pleinement actrices de la décision et du changement.
Dans cet esprit s’inscrit la réflexion engagée autour de la réforme du Code de la famille (Moudawana), visant à adapter les cadres juridiques aux évolutions de la société marocaine.
Chaque fois qu’une femme accède à une responsabilité, ce n’est pas seulement une réussite individuelle : c’est une avancée pour toute la société.
Dans le Maroc d’aujourd’hui, fidèle à la vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la participation des femmes à la vie publique constitue une exigence démocratique.
À l’occasion du 8 mars, quelle valeur vous semble aujourd’hui essentielle à transmettre aux jeunes femmes marocaines ?
Le Maroc ne peut réussir sans les femmes.
Une nation qui avance est une nation qui permet aux femmes de participer pleinement à la décision.
Le 8 mars est un moment de réflexion sur la place accordée aux femmes dans la construction de l’avenir.
Aucun projet de développement durable ne peut réussir si la moitié des talents d’une nation reste à l’écart des lieux de décision.
Au Maroc, la participation des femmes à la vie publique s’inscrit dans une dynamique institutionnelle forte.
Depuis plus de deux décennies, Sa Majesté le Roi Mohammed VI rappelle que le progrès du Royaume passe par la promotion des droits des femmes et leur participation active à la vie économique, sociale et politique.
La Constitution de 2011 consacre l’égalité entre les femmes et les hommes et prévoit la création de l’Autorité pour la Parité et la Lutte contre toutes les formes de Discrimination.
Les réformes électorales ont également renforcé la présence des femmes dans les institutions élues.
Le défi aujourd’hui est de passer de la représentation à une influence réelle dans la décision publique.
Leïla Bazzi
Avocate de formation
Gouvernance, conformité, diversité et inclusion
En tant que cadre dirigeante Legal et Compliance dans une multinationale, quels changements observez-vous concernant la place et le leadership des femmes ?
On observe une évolution progressive. Les enjeux de diversité et de mixité sont désormais davantage intégrés dans les politiques de gouvernance et de nombreuses entreprises mettent en place des initiatives pour promouvoir le leadership féminin : mentorat, politiques d’égalité professionnelle ou dispositifs facilitant la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle.
Les évolutions législatives, notamment les quotas dans les conseils d’administration, contribuent également à accélérer cette dynamique.
Un défi demeure toutefois : éviter de cantonner les femmes aux fonctions dites « supports » comme les ressources humaines, la communication ou les fonctions juridiques.
Il est essentiel d’accompagner davantage de femmes vers des fonctions opérationnelles et business, souvent déterminantes pour accéder aux postes de direction générale.
Permettre aux femmes d’accéder à des responsabilités stratégiques, au pilotage d’activités et à la gestion de centres de profit est un enjeu majeur pour construire une gouvernance réellement équilibrée.
À l’occasion du 8 mars, quelle valeur vous semble aujourd’hui essentielle à transmettre aux jeunes femmes marocaines ?
La valeur essentielle est la confiance en soi.
Les jeunes femmes marocaines disposent aujourd’hui d’un niveau de formation élevé et d’un potentiel considérable, mais elles restent encore sous-représentées dans le monde du travail et dans les postes de décision.
Il est donc essentiel qu’elles croient en leur légitimité et qu’elles osent se projeter dans des carrières ambitieuses. Elles doivent devenir leurs premières alliées, un message que je partage également à travers mon podcast Shape Your Career.
La confiance en soi, c’est aussi oser sortir des trajectoires parfois attendues, accepter les défis et ne pas se fixer de limites. Les femmes ont toute leur place dans les fonctions de leadership et dans les postes de direction.
Le 8 mars rappelle que les progrès sont réels, mais que le chemin vers l’égalité reste un chantier collectif impliquant les entreprises, les institutions et la société.
Rita Maria Zniber
PDG
DIANA HOLDING
Comment voyez-vous aujourd’hui l’évolution du leadership féminin au Maroc ?
Le leadership féminin au Maroc progresse, mais reste incomplet. La participation des femmes au marché du travail formel recule encore, en raison de facteurs structurels : manque de structures de garde, insuffisance de crèches et transports publics encore peu sécurisés.
Dans les milieux urbains, l’accès des femmes à l’éducation, à l’entrepreneuriat et à certaines fonctions de décision s’améliore.
Les femmes marocaines sont aujourd’hui plus qualifiées et ambitieuses, mais restent sous-représentées dans les postes stratégiques où se prennent les grandes décisions économiques.
Sous le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, la dynamique demeure encourageante. De plus en plus de femmes dirigent des entreprises, siègent dans des conseils d’administration ou président des comités (Nominations/Rémunérations, Audit & Risques, Stratégie & Développement). Elles participent activement à la transformation économique et sociale du pays.
L’enjeu désormais est de passer d’une présence croissante à une influence réelle dans la gouvernance économique et la création de valeur nationale.
À l’occasion du 8 mars, quelle valeur vous semble aujourd’hui essentielle à transmettre aux jeunes femmes marocaines ?
La valeur essentielle est la confiance en leur légitimité.
Les jeunes femmes marocaines disposent aujourd’hui d’un haut niveau de formation et d’un potentiel considérable. Mais dans un parcours professionnel, ce qui fait souvent la différence n’est pas seulement la compétence : c’est la conviction d’avoir sa place dans les espaces de décision.
Je leur dirais donc de cultiver trois qualités : confiance en elles, exigence d’excellence et persévérance face aux obstacles.
Chaque femme qui avance et assume ses responsabilités ouvre un peu plus le chemin pour celles qui viennent après elle.
Au fond, la question n’est pas seulement celle de la place des femmes dans l’économie, mais celle de la qualité des décisions lorsque toute l’intelligence collective est mobilisée.
Le Maroc progresse lorsque ses forces se rejoignent.
L’avenir repose sur cette intelligence collective : celle de femmes et d’hommes avançant côte à côte.
Samira Khamlichi
Presidente CFA
Pourquoi est-il important que les femmes soient présentes dans les instances de décision ?
La présence des femmes dans les instances de décision n’est pas seulement une question d’équité ; c’est avant tout un enjeu de qualité de gouvernance et de performance. Lorsque les organes de décision sont composés de profils divers, les débats sont plus riches, les angles morts sont réduits et les décisions sont souvent plus équilibrées et plus durables.
Les femmes représentent une part essentielle des talents, des compétences et des expertises dans nos sociétés. Leur absence dans les lieux de pouvoir crée inévitablement un déséquilibre qui prive les organisations d’une partie de cette intelligence collective.
Au Maroc, des avancées importantes ont été réalisées ces dernières années, notamment grâce aux évolutions législatives et à une prise de conscience croissante de l’importance de la diversité dans la gouvernance. Toutefois, il reste encore du chemin à parcourir pour que la présence des femmes dans les conseils d’administration, les comités exécutifs ou les postes de direction devienne une évidence plutôt qu’une exception.
À l’occasion du 8 mars, quelle valeur vous semble aujourd’hui essentielle à transmettre aux jeunes femmes marocaines ?
S’il fallait transmettre une seule valeur essentielle aux jeunes femmes marocaines, ce serait sans doute la confiance en soi.
La confiance en ses compétences, en ses ambitions et en sa légitimité à occuper tous les espaces : économiques, politiques, scientifiques ou entrepreneuriaux. Trop souvent, les obstacles ne sont pas seulement institutionnels ou culturels ; ils sont aussi liés à l’autocensure.
Les jeunes femmes marocaines sont talentueuses, compétentes et portent des parcours remarquables. Ce qui est primordial, c’est qu’elles osent se projeter dans des rôles de leadership, qu’elles prennent leur place et qu’elles sachent que leur voix compte.
Cette confiance doit également s’accompagner d’un esprit de solidarité et de transmission entre générations, car chaque parcours peut devenir une source d’inspiration pour les autres.
Si nous continuons à célébrer le 8 mars, c’est aussi parce que le chemin vers l’égalité réelle n’est pas encore totalement achevé. Les lois évoluent, mais les mentalités mettent souvent plus de temps à changer. Les lois ouvrent la voie, mais seules les mentalités permettent un véritable changement.










