fbpx

Après le bac, nos enfants sont-ils vraiment prêts ?

By octobre 20, 2026 Actu

Choisir une école, réussir ses examens, décrocher une admission… Les familles consacrent beaucoup de temps et d’énergie à préparer l’entrée dans le supérieur. Mais une fois le bac en poche, les jeunes savent-ils vraiment où ils vont ? Fondatrice de Hoko, un programme d’accompagnement destiné aux 16-20 ans, Inès Belmaachi défend une autre façon d’aborder l’orientation : apprendre à se connaître, à faire ses propres choix et, surtout, à devenir autonome.

 

À 17 ans, Inès Belmaachi avait de bonnes notes, des projets d’études à l’étranger et, comme beaucoup de lycéens, une idée encore assez floue de son avenir. Avec sa famille, elle fait appel à une agence spécialisée pour préparer ses candidatures. Les dossiers avancent, les démarches aboutissent. Reste une question essentielle, que personne ne semble lui avoir véritablement posée : pourquoi choisir telle formation plutôt qu’une autre ?

Elle intègre finalement King’s College London, dans un cursus de mathématiques pures, alors qu’elle pensait avoir choisi une formation mêlant mathématiques et business.

«On peut très bien réussir ses candidatures sans avoir réellement compris ce à quoi on postule, ni pourquoi on le fait », observe-t-elle aujourd’hui.

 

Choisir sa voie, pas celle des autres

Pour Inès Belmaachi, le premier défi est d’apprendre à se connaître. À cet âge, les choix se construisent rarement à l’abri des influences.
Un adolescent doué en mathématiques sera facilement orienté vers l’ingénierie. Un excellent élève vers la médecine ou une autre filière réputée. Mais être bon dans une matière signifie-t-il nécessairement vouloir y consacrer plusieurs années de sa vie ?

«Être bon dans une matière ne signifie pas nécessairement que l’on souhaite y consacrer plusieurs années d’études, encore moins toute une carrière.»

La jeune entrepreneure invite les parents à troquer leurs certitudes contre des questions : plutôt que d’imposer une voie « sûre », demander au jeune ce qui l’attire et s’il a exploré d’autres pistes.

Une posture d’écoute qui l’aide à construire son propre choix, au lieu de subir celui des autres.

L’expérience des parents reste précieuse. Mais elle ne peut plus, à elle seule, servir de mode d’emploi pour un avenir professionnel en pleine mutation.

 

Le bac n’est pas la ligne d’arrivée

C’est peut-être le grand paradoxe de l’éducation actuelle : nous consacrons des années à préparer les examens, les concours et les admissions, mais beaucoup moins à apprendre aux jeunes à fonctionner sans l’encadrement qui les a accompagnés jusque-là.
Car une fois à l’université, particulièrement à l’étranger, tout change. Il faut organiser ses journées, gérer ses échéances, trouver sa méthode de travail, mais aussi veiller à son sommeil, à son alimentation, à son équilibre personnel et à sa vie sociale.

Un élève qui obtenait d’excellentes notes au lycée peut alors se retrouver démuni.

«Un élève peut avoir 18 de moyenne tout en dépendant énormément de la structure mise en place autour de lui par ses parents, son école ou ses professeurs.»

Pour Inès, la réponse ne consiste pas à imposer une discipline supplémentaire. Il s’agit plutôt d’aider chaque jeune à construire son propre fonctionnement : comprendre à quel moment il travaille le mieux, apprendre à hiérarchiser ses priorités, reconnaître une méthode inefficace et savoir l’ajuster.
Une autonomie qui s’acquiert progressivement, en expérimentant, en se trompant parfois, et surtout en prenant la responsabilité de ses décisions.

«Il faut accompagner la réflexion, pas décider du résultat.»

Apprendre à évoluer dans un monde incertain

À ces défis s’ajoute une transformation profonde du monde professionnel. Avec l’intelligence artificielle, l’accès à l’information et la manière de travailler évoluent à une vitesse qui bouscule les repères traditionnels de l’orientation.

Pour Inès, les diplômes et les connaissances restent importants, mais ils ne suffisent plus. Le discernement, l’esprit critique, la capacité d’adaptation et l’aptitude à prendre des décisions deviennent tout aussi essentiels.

«Dans un monde où l’IA peut générer presque une infinité d’options, la compétence rare n’est plus de produire des options. C’est de savoir choisir.»

Plutôt que de rechercher à tout prix un métier supposé sûr, Inès défend une approche qui aide les jeunes à comprendre leurs intérêts, à développer leur jugement et à acquérir la capacité de continuer à apprendre tout au long de leur parcours.

Hoko, une autre manière de préparer l’après-bac

C’est autour de cette conviction qu’Inès Belmaachi a créé Hoko, dont le nom signifie «direction» en japonais.

Après ses études à King’s College London, son passage au MIT et une expérience professionnelle dans une startup technologique à New York, elle a choisi de se consacrer à ce projet.

Destiné aux 16-20 ans, Hoko propose un accompagnement individuel de six ou neuf mois, construit autour de trois piliers : la direction académique, pour explorer ses intérêts et faire des choix éclairés ; la structure et la discipline, pour développer sa propre méthode de travail ; et le bien-être, pour intégrer sommeil, activité physique, récupération et gestion du stress dans une démarche durable.

Car derrière Hoko, il y a finalement une conviction qui dépasse largement la question de l’orientation : préparer un jeune à l’avenir, ce n’est pas lui tracer une route toute faite. C’est lui donner les moyens de trouver la sienne, et de savoir en changer.

À la jeune Inès de 17 ans, elle conseillerait aujourd’hui de ne pas chercher à cocher toutes les bonnes cases. Et aux parents qui accompagnent leurs enfants dans cette période charnière, elle adresse ce message :

«Ne lui transmettez pas uniquement vos réponses, apprenez-lui aussi à construire les siennes.»

Avant de partir étudier, est-il vraiment prêt ?
Selon l’approche défendue par Inès Belmaachi, cinq capacités méritent d’être développées avant l’entrée dans le supérieur :
– Organiser son temps sans attendre les rappels de ses parents.
– Définir ses priorités et respecter ses échéances.
– Trouver sa méthode de travail, plutôt que reproduire celle des autres.
– Préserver son équilibre entre études, sommeil, activité physique et vie sociale.
– S’adapter et se remettre en question lorsqu’un choix ou une méthode ne fonctionne plus.