
La ménopause ne survient pas du jour au lendemain. Elle est précédée d’une longue période de transition, la périménopause, qui peut débuter dès la trentaine et durer plusieurs années. Encore largement méconnue, elle peut pourtant provoquer des changements physiques, hormonaux et émotionnels très variés. Narjiss Mossadak, spécialiste santé féminine 35+, périménopause et ménopause, décrypte cette étape de vie et explique pourquoi mieux l’identifier peut changer profondément la manière de la traverser.
Personnellement, je l’ai vécue comme un “tsunami hormonal”.

Une transition qui peut commencer bien plus tôt qu’on ne l’imagine
Dans l’imaginaire collectif, la ménopause reste souvent associée à l’arrêt définitif des règles, comme s’il existait un avant et un après très nets. Pourtant, elle est précédée d’une longue phase de transition : la périménopause. Elle débute le plus souvent autour de 40 ans, mais peut commencer dès la trentaine et, chez certaines femmes, s’étendre sur une décennie ou davantage.
Cette période est tout sauf linéaire. Les fluctuations hormonales peuvent être importantes, parfois brutales, avec de véritables «montagnes russes» : les symptômes peuvent apparaître, disparaître, s’intensifier ou s’atténuer d’un jour à l’autre, voire au cours d’une même journée. Narjiss Mossadak résume d’ailleurs son propre vécu en parlant d’un «tsunami hormonal».
Des premiers signes que l’on ne relie pas forcément aux hormones
La périménopause peut s’accompagner d’une très grande diversité de manifestations : la majorité des spécialistes recensent entre 34 et 50 symptômes associés à cette période. Contrairement aux idées reçues, les bouffées de chaleur ou la prise de poids ne sont pas forcément les premiers signes. Ils peuvent apparaître alors même que les cycles sont encore réguliers.
Très souvent, Narjiss Mossadak décrit d’abord une sensation plus diffuse : celle de ne plus se reconnaître, de ne plus se sentir soi-même. Puis peuvent apparaître des troubles du sommeil, du brouillard mental, la sensation de chercher ses mots, une fatigue inhabituelle ou une tolérance au stress qui diminue.
Douleurs articulaires, vertiges, palpitations, migraines, baisse de libido, sécheresse vaginale ou encore modifications du cholestérol, des triglycérides et du métabolisme peuvent également survenir. Autant de manifestations que les femmes ne relient pas spontanément à la périménopause.
Avec la (péri)ménopause, on change de phase, certainement pas de valeur.»
Quand chaque symptôme est traité séparément
Parce que ces signes peuvent toucher plusieurs parties du corps, les femmes sont parfois orientées vers des spécialistes différents. Chaque symptôme est alors exploré séparément, les examens se multiplient et, lorsque rien d’anormal n’est identifié, le stress, l’anxiété ou la dépression peuvent devenir des explications par défaut.
Pour Narjiss Mossadak, cette errance est aussi liée au manque d’information, de sensibilisation et de formation autour de la périménopause. Elle-même raconte avoir traversé près de cinq années de parcours médical avant de comprendre que ses différents symptômes appartenaient en réalité à une seule et même histoire.
Repérer tôt pour agir sur la santé de demain
Reconnaître la périménopause suffisamment tôt ne consiste pas seulement à soulager des symptômes. Pour Narjiss Mossadak, cette période constitue une véritable fenêtre d’opportunité pour agir sur la santé présente et future. Certains paramètres commencent déjà à évoluer : santé cardiovasculaire, capital osseux, masse musculaire, métabolisme, santé mentale et cérébrale.
Elle insiste donc sur plusieurs leviers : alimentation adaptée, sommeil de qualité, gestion du stress, activité physique régulière et suivi médical.
Certains compléments alimentaires peuvent avoir leur place lorsqu’ils sont indiqués, mais uniquement sous supervision d’un professionnel de santé.
Lorsque cela est médicalement indiqué et qu’il n’existe pas de contre-indication, Narjiss Mossadak évoque également la possibilité d’un traitement hormonal dans certaines situations, après une évaluation médicale individuelle tenant compte des symptômes, des antécédents et des éventuelles contre-indications. Son intérêt ne se limiterait pas au soulagement des symptômes, mais concernerait aussi notamment la préservation du capital osseux et la santé cardiovasculaire.
Ne pas banaliser les symptômes
Les symptômes de la périménopause ne sont pas toujours de simples désagréments à supporter en attendant que «ça passe». Certains peuvent aussi constituer des signaux de risque à moyen ou long terme. Narjiss Mossadak cite notamment les bouffées de chaleur sévères comme un possible indicateur de risque cardiovasculaire accru, sans signifier pour autant qu’elles en soient la cause.
Mieux reconnaître cette période permet donc à la fois d’améliorer la qualité de vie, de réduire l’errance médicale et d’identifier plus tôt certains facteurs de risque.










