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Brouillard mental mettre des mots sur les difficultés invisibles

By octobre 12, 2026 Parents

Dr Hajar Khattab
Professeur assistant
Neurologie-Neurovasculaire-Neurosononologie
Neuroradiologie diagnostique

Troubles de l’attention, oublis, difficultés à se concentrer ou à gérer plusieurs tâches : pendant ou après les traitements contre le cancer, certaines femmes ont le sentiment de ne plus fonctionner comme avant. Le Pr Hajar Khattab, Professeur de Neurologie à l’Hôpital Universitaire Ibn Rochd de Casablanca, décrypte ces symptômes bien réels, souvent réversibles, et explique comment les distinguer des effets de la fatigue, du stress ou de l’anxiété.

Ce brouillard mental est réel : le cerveau fonctionne sous contrainte, et ces troubles sont le plus souvent réversibles.

Comment expliquer le «brouillard mental» lié aux traitements ?
J’explique d’abord que ces plaintes sont réelles et ont une base neurologique. Ce que les patientes décrivent comme un «brouillard mental» touche rarement la mémoire au sens strict. Ce sont surtout l’attention, la vitesse de traitement de l’information et les fonctions exécutives qui sont affectées, c’est-à-dire la capacité à planifier, s’organiser et gérer plusieurs tâches à la fois. Or l’attention est la porte d’entrée de la mémoire : une information mal captée au départ ne peut pas être bien enregistrée, puis restituée. D’où cette impression d’«oublier tout». Ces fonctions dépendent de réseaux cérébraux étendus et très sensibles à l’état général : sommeil, fatigue, douleur, variations hormonales, certains médicaments, charge émotionnelle. À l’entourage, je précise qu’il ne s’agit ni d’un manque de volonté, ni d’une maladie neurodégénérative : c’est un cerveau qui fonctionne sous contrainte, et ces troubles sont le plus souvent réversibles.

Quand consulter ?
Un symptôme neurologique nouveau, inhabituel, persistant ou qui s’aggrave doit être signalé au médecin. Faiblesse d’un côté du corps, difficulté soudaine à parler, trouble de la vision, confusion, convulsion ou mal de tête brutal nécessitent une prise en charge urgente.

Comment distinguer les effets des traitements de ceux du stress ou de la fatigue ?
Honnêtement, ces facteurs sont souvent intriqués et s’entretiennent les uns les autres. La démarche consiste à interroger la patiente sur la chronologie des troubles, leurs fluctuations (pires les jours de fatigue ou de stress ?), la qualité de son sommeil et son humeur. On recherche aussi une cause corrigeable : anémie, trouble thyroïdien, médicaments sédatifs, dépression. Quand la plainte est importante ou durable, un bilan neuropsychologique permet d’objectiver les difficultés et de cibler la rééducation.

Ce qui doit en revanche orienter vers une autre cause et faire consulter, c’est une aggravation progressive, une désorientation, des troubles du langage, ou des oublis que l’entourage remarque davantage que la patiente elle-même.

Comment faire comprendre ces difficultés à son entourage et au travail ?
Le plus efficace est d’être concrète plutôt que générale. Au lieu de dire «je suis fatiguée», on peut dire : «j’ai du mal à suivre deux conversations en même temps», «je dois relire trois fois un mail», «je perds le fil si on m’interrompt». Nommer le phénomène aide aussi : dire qu’il s’agit d’un effet connu des traitements, documenté médicalement, donne une légitimité à ce qu’elle vit. Au travail, il ne faut pas hésiter à demander des aménagements : reprise progressive ou à temps partiel thérapeutique, tâches fractionnées, consignes écrites, moins d’interruptions. Le médecin peut appuyer cette demande par un certificat. Enfin, quelques stratégies simples soulagent beaucoup au quotidien : un agenda, des listes, une tâche à la fois, et des pauses régulières.

Au quotidien
Agenda, listes, consignes écrites, une tâche à la fois et pauses régulières peuvent aider à mieux gérer les difficultés de concentration. Au travail, une reprise progressive ou des aménagements peuvent également être envisagés.