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Avec les enfants
Trouver les mots pour expliquer la maladie

By octobre 12, 2026 Parents

Dr Maha Maaroufi,
Pédopsychiatre et psychothérapeute

Comment annoncer la maladie sans inquiéter davantage son enfant, préserver ses repères et reconnaître les signes de souffrance ? La pédopsychiatre et psychothérapeute Dr Maha Maaroufi partage ses conseils pour accompagner les enfants avec des mots adaptés à leur âge, sans leur cacher la réalité ni leur faire porter le poids de la maladie.

 

Quand tout bouge, l’enfant a besoin de ce qui ne bouge pas.

À quel moment en parler aux enfants ? Faut-il attendre d’avoir toutes les informations ?
La mère a d’abord besoin d’un temps pour intégrer psychiquement l’annonce du diagnostic. Il n’est cependant pas nécessaire d’attendre d’avoir toutes les informations médicales : il est recommandé d’informer l’enfant avant le début des traitements, avant que la fatigue ou les modifications corporelles ne deviennent perceptibles. En l’absence d’explication, l’enfant construit ses propres hypothèses, souvent plus angoissantes que la réalité. L’annonce se fait idéalement par les deux parents, à toute la fratrie, dans un moment calme de la journée, à distance du coucher, où l’anxiété est plus marquée.

Comment annoncer la maladie sans effrayer l’enfant, et avec quels mots selon son âge ?
On commence par ce que l’enfant a remarqué et on lui demande ce qu’il en pense, afin d’ajuster les explications à son âge et de corriger ses représentations erronées. Il convient d’épargner les détails médicaux et les inquiétudes des adultes. Lorsque le pronostic est réservé, on évite les promesses de guérison sans mentir pour autant. Pour un jeune enfant, quelques mots simples suffisent : “Maman est malade et les médecins la soignent.”
L’enfant d’âge scolaire peut recevoir davantage d’explications sur la maladie et les traitements, et l’adolescent une information proche de celle de l’adulte.
Enfin, 3 règles à ne pas oublier : ce n’est pas ta faute ; la maladie n’est pas contagieuse ; ce n’est pas à toi de soigner ta maman. Ces messages permettent de déculpabiliser l’enfant.

Soigner au-delà de la maladie
Préserver l’autonomie, soulager les effets des traitements et améliorer la qualité de vie : les soins de support font partie intégrante du parcours oncologique. Pour le Dr Mounir Bachouchi, président de la MOASCC, les progrès thérapeutiques renforcent la nécessité de cet accompagnement global, dont l’association défend la reconnaissance au Maroc.

Comment accompagner l’enfant au quotidien face aux changements liés à la maladie ?
Quand tout bouge, l’enfant a besoin de ce qui ne bouge pas. Maintenir la scolarité et les rituels du quotidien (repas, coucher) contribue à la sécurité psychique de l’enfant. La prévisibilité est essentielle : on l’informe à l’avance de tout changement prévisible, hospitalisation, réorganisation familiale ou effets des traitements. Il faut déculpabiliser chacun : la fatigue maternelle n’est pas un désinvestissement affectif et l’enfant a le droit de rire et de jouer. Dans les familles marocaines, la famille élargie est une ressource précieuse si le discours reste cohérent. Il faut enfin éviter la parentification des aînés, à qui l’on confie parfois des responsabilités qui ne relèvent pas de leur place d’enfant.

Quels signes doivent alerter, et quand consulter ?
Une réaction passagère est normale. Il faut consulter lorsque les symptômes persistent plus de quelques semaines : troubles du sommeil, angoisse de séparation, plaintes somatiques répétées (douleurs abdominales, vomissements, céphalées), fléchissement scolaire, régression (énurésie secondaire), irritabilité ou repli. Chez l’adolescent, on sera attentif à l’usage excessif des écrans et aux conduites à risque, qui mettent en danger sa santé ou sa sécurité : consommation d’alcool ou de cannabis, fugues, automutilations.
Certains signes sont plus discrets : un enfant peut être amené en consultation pour des douleurs abdominales alors qu’il est décrit comme «très mûr», très sage, au discours adultomorphe, il veille sur sa mère et prend la place de l’adulte. Cette inversion des rôles traduit une souffrance qui justifie une évaluation pédopsychiatrique et un accompagnement familial.

À Rabat, une première africaine
Le 26 septembre 2026, la MOASCC a organisé le «Best of MASCC 2026», en partenariat avec la Fondation Lalla Salma et la MASCC. Cette rencontre a partagé les principaux enseignements du congrès de Melbourne pour favoriser leur adaptation aux réalités du terrain : soutien psychosocial, activité physique adaptée, gestion des effets indésirables et place des aidants.