
Notifications, groupes WhatsApp, rendez-vous médicaux, listes, rappels…
Notre cerveau familial semble fonctionner en permanence. Pourquoi est-il devenu si difficile de déconnecter ? Le Dr Wadih Rhondali, psychiatre, décrypte les mécanismes de cette surcharge mentale et partage des pistes concrètes pour retrouver un quotidien plus apaisé.
«La charge mentale ne vient pas uniquement de ce que nous faisons, mais de tout ce que nous devons anticiper. On peut partager les tâches, mais tant qu’une seule personne continue de porter le plan, le cerveau, lui, ne se repose jamais.»
Pourquoi avons-nous aujourd’hui l’impression de ne jamais réussir à “déconnecter” mentalement de notre vie de famille ?
Quand une seule personne porte le plan
Prenez un open space : personne n’a de bureau fermé, tout le monde entend tout et n’importe qui peut vous interrompre sans frapper. C’est devenu votre tête.
À une différence près : dans un vrai open space, il y a une heure de fermeture.
À la maison, le bureau reste ouvert. Dans beaucoup de familles, une seule personne porte le plan : le cartable, le pédiatre, les repas, les anniversaires, les rendez-vous… Les autres exécutent des tâches, mais une seule garde l’ensemble en mémoire. On peut se reposer d’une tâche. Jamais d’un plan.
Les outils censés nous simplifier la vie contribuent-ils finalement à augmenter notre charge mentale ?
Une interruption permanente
Les outils rendent les messages instantanés, pas leur traitement. Chaque application installe un nouveau guichet dans votre poche et, bien souvent, le guichetier, c’est toujours vous. Chaque notification est quelqu’un qui toque à votre porte.
Personne n’accepterait cinquante visites par jour chez lui. Pourtant, nous consultons notre téléphone des dizaines de fois quotidiennement. Ces sollicitations permanentes entretiennent la sensation de ne jamais pouvoir souffler.
Le chiffre 76 jours contre 11
Selon l’Enquête nationale sur l’emploi du temps du Haut-Commissariat au Plan (2023), les femmes au Maroc consacrent chaque année l’équivalent de 76 jours au travail domestique et familial, contre 11 jours pour les hommes.
Comment retrouver un quotidien plus apaisé sans avoir le sentiment de perdre le contrôle de l’organisation familiale ?
Partager la responsabilité, pas seulement les tâches
Nous pensons souvent que le contrôle nous protège. En réalité, lorsqu’une seule personne devient le disque dur de la maison, tout repose sur elle. Si elle s’absente quelques jours, plus personne ne sait où trouver les informations essentielles.
La vraie question n’est donc pas : Comment mieux tenir ? Mais : Comment faire pour que la maison continue de fonctionner quand ma tête est ailleurs ?
Le premier pas consiste à transférer un domaine entier et non une simple tâche puis à accepter de ne plus vérifier, rappeler ou rattraper. Si la maison ne tient que parce que vous contrôlez tout, ce n’est plus une organisation, c’est une dépendance.»
Le conseil du Dr Wadih Rhondali
Entraînez-vous aussi à gérer les désaccords à froid, sur des sujets sans enjeu. Comme une équipe qui répète avant un match, une famille apprend à mieux traverser les conflits lorsqu’elle s’y prépare avant qu’ils n’éclatent réellement.








