
Comment transmettre, avec justesse, les valeurs du Ramadan ? Pour éclairer cette question, nous avons sollicité Dawya Sadani. Psychothérapeute, elle accompagne enfants, adultes et couples, et a conçu un programme d’aide à la parentalité pour celles et ceux qui en ressentent le besoin, convaincue qu’on ne naît pas parent : on le devient. Formatrice et superviseure de thérapeutes, elle est aussi l’auteure de l’essai Mon enfant, cette chose (éditions Onze), ainsi que de plusieurs livres jeunesse publiés chez Langages du Sud.
On ne transmet pas le sens du Ramadan en imposant, mais en donnant envie : par le faire ensemble, la bienveillance et l’exemple.

Comment expliquer le Ramadan aux enfants, selon leur âge, pour qu’ils en comprennent le sens profond ?
L’idée est d’expliquer avec des mots simples aux enfants que le mois de Ramadan au-delà du fait de ne pas manger ni boire durant la journée est un mois de partage avec les gens que l’on aime, mais aussi avec d’autres, des étrangers, nos voisins, des gens qui sont dans le besoin. C’est un mois de communion où le vivre ensemble est primordial, et où la bienveillance et la générosité doivent redevenir de vraies valeurs repères.
En fait c’est le mois de l’amour avec un grand A : l’amour Divin, l’amour de son prochain, mais aussi d’une certaine manière l’amour de soi (parce qu’en se recentrant sur des valeurs et des piliers sains, on se fait aussi du bien à soi).
Quand un enfant comprend le sens de ce qu’il fait, il y adhère beaucoup plus facilement. D’où l’importance d’expliquer ce qu’il y a derrière le jeûne : apprendre l’empathie en pensant à ceux qui manquent, prendre conscience de ce que l’on a, et laisser naître la gratitude qui en découle.
Quels rituels simples et positifs peuvent aider les enfants à se sentir pleinement inclus dans le Ramadan, même lorsqu’ils ne jeûnent pas ?
Un enfant a deux besoins fondamentaux, au-delà des besoins physiologiques. Le besoin de contribuer, et celui d’appartenir. Ramadan est le mois idéal pour lui permettre de se sentir « faire partie de » et apporter sa pierre à l’édifice. Le moment de préparation du repas de rupture du jeûne par exemple, peut être le moment parfait pour que chacun, en fonction de son âge et de ses possibilités, puisse avoir une tâche à accomplir pour le bien commun. Que ce soit poser la table, préparer les ingrédients à poser sur le plan de cuisine ou décorer l’assiette de gâteaux, l’idée est que l’enfant puisse participer. Les plus jeunes pourront avoir le rôle attitré de guetter le son du adhan par exemple, et prévenir tout le monde que le temps du ftour est arrivé. Prier aux côtés d’un adulte duquel l’enfant se sent proche peut aussi être un beau moment de communion. Même avec un rituel simplifié si l’enfant est encore jeune. L’idée étant de mettre en valeur le faire ensemble.
À partir de quand et comment parler du jeûne sans créer de pression ou de comparaison entre frères, sœurs ou camarades ?
Il n’y a pas véritablement de « bon » moment pour parler du jeûne si ce n’est suivre la curiosité et l’intérêt de l’enfant. Si l’enfant pose des questions parce qu’il a vu des copains, des cousins ou ses frères et sœurs commencer à jeûner par exemple… alors c’est le bon moment pour évoquer le sujet. L’idée étant de répondre au besoin de l’enfant, plutôt que le devancer. Cela sera un moment où l’attention de l’enfant sera par conséquent mobilisée, plutôt que cela soit pris comme un « cours » ou une leçon de morale.
On observe parfois que certains enfants disent jeûner alors que ce n’est pas le cas. Comment réagir ?
Si l’enfant ou l’adolescent ment à propos de son jeûne, c’est souvent qu’au fond de lui il n’est pas convaincu du sens de ce qu’il fait. La pression (parentale, familiale, sociale) le pousse alors à faire « comme si », pour se sentir appartenir au groupe et éviter d’être perçu comme « à part », voire rejeté. Or l’ostracisme, même symbolique (« tu ne respectes pas nos traditions, donc tu n’es pas vraiment des nôtres »), est l’une des expériences les plus difficiles à vivre. Mentir devient alors une forme de protection face à ce sentiment très inconfortable.
La première étape est de chercher à comprendre, avec curiosité et sans blâmer, pourquoi il choisit de ne pas jeûner et s’en cache. Selon ses raisons, on peut réfléchir avec lui à des pistes adaptées, en gardant en tête que le jeûne relève d’une conviction intime et d’un espace spirituel en construction. On ne peut pas forcer quelqu’un dans ses croyances : on peut accompagner, expliquer, proposer. Passer « en force » enverrait d’ailleurs un message contraire à l’esprit du Ramadan, réduit à un « il faut », au détriment de sa dimension introspective et spirituelle.
En tant que parent, comment trouver l’équilibre entre transmission des valeurs du Ramadan et respect de l’autonomie et de la sincérité de l’enfant ?
L’enfant retient surtout ce qu’il a ressenti, plus que ce qu’on lui a dit. Si la transmission se fait dans la joie, le plaisir et le faire ensemble, s’il éprouve le bonheur de partager un rituel familial et d’y appartenir, il cherchera naturellement à le faire grandir en lui, et à le transmettre à son tour. À l’inverse, une approche centrée sur l’interdit, la punition et les “il faut/tu dois” risque de l’enfermer dans la peur et une rigueur sans conviction, qu’il préférera éviter.
Il faut aussi accepter que l’enfant est un individu à part entière : en construction, certes, mais libre et appelé à devenir autonome. Le rôle du parent est d’accompagner, d’encourager son libre arbitre, son rythme et son cheminement spirituel. Brimer son autonomie ou sa sincérité serait contre-productif et pourrait abîmer la relation parent-enfant. La clé, c’est de donner envie : transmettre dans le plaisir et le partage plutôt que forcer, au risque de braquer et de fragiliser le lien.










