
Jeûner bouscule le corps autant que l’esprit. Certains le vivent comme un défi, d’autres comme une épreuve à traverser. Mouna Bennouna, psychothérapeute et coach professionnelle, nous invite au contraire à accueillir ce mois comme une parenthèse de conscience : une invitation à ralentir, à écouter, à revenir à l’essentiel. Lorsqu’il est vécu avec justesse, le jeûne devient un temps de recentrage profond, où le corps, les émotions et l’esprit retrouvent peu à peu un rythme plus apaisé.
Le jeûne commence dans le corps, mais il agit bien au-delà : il ralentit le rythme, fait remonter les émotions et invite à un face-à-face intérieur.

Le jeûne une expérience du corps…
Le jeûne commence toujours par le corps. C’est lui que l’on cesse de nourrir en premier. Mais très vite, on comprend que ce n’est pas seulement l’estomac qui est concerné : ce sont des cellules vivantes, habituées à recevoir leur carburant, qui doivent s’adapter. Quand la nourriture ne vient pas, le corps ne se met pas en danger : il s’organise autrement. Il ralentit, puise dans ses réserves et change de rythme.
Ce changement n’est jamais neutre. Le ventre, souvent appelé notre « deuxième cerveau », influence directement l’humeur. En mettant la digestion au repos, certaines émotions remontent : irritabilité, fatigue, nervosité, parfois aussi une sensation de légèreté inattendue. L’esprit tente alors de donner du sens à ce qui se passe, d’apprivoiser cette agitation intérieure.
Et une expérience de l’esprit ou des émotions
Selon la manière dont le jeûne est vécu, il peut devenir une épreuve ou une véritable pause réparatrice. Lorsqu’il est accompagné avec douceur, le corps, libéré d’une partie du travail digestif, ralentit naturellement. Ce ralentissement n’est pas un simple choix mental : c’est une réponse biologique qui invite à prendre son temps, à écouter, à revenir à un rythme plus juste.
Mais ce ralentissement peut aussi déstabiliser. Pour celles et ceux habitués à vivre dans l’urgence, s’arrêter devient inconfortable. Ce n’est alors pas tant la faim qui dérange, que le silence, le vide, le face-à-face avec soi-même. Le jeûne agit comme un miroir : il révèle notre rapport à l’action, à la performance, et parfois nos peurs plus profondes. La difficulté n’est pas un échec ; elle marque souvent le début d’un réajustement intérieur.
Que révèle le jeûne sur notre relation à la nourriture ?
En suspendant l’acte de manger, le jeûne met en lumière une réalité souvent invisibilisée : nous ne mangeons pas toujours parce que nous avons faim. Quand les repas ne structurent plus la journée, d’autres sensations prennent de la place : ennui, agitation, anxiété, sentiment de vide. La nourriture apparaît alors pour ce qu’elle est parfois aussi : un refuge, un réconfort, une manière de se rassurer.
La faim physique arrive progressivement et reste généralement supportable. La faim émotionnelle, elle, surgit plus brusquement : elle vise souvent un aliment précis, avec une impression d’urgence, comme si l’on devait se calmer ou se “remplir” immédiatement. Le jeûne apprend à instaurer une pause face à cette impulsion et à se poser une question simple, mais essentielle : qu’est-ce que j’essaie vraiment d’apaiser ?
Il ne s’agit pas de se juger. Derrière certaines habitudes alimentaires se cachent souvent de la fatigue, du stress, ou un manque de douceur envers soi. Le jeûne peut alors devenir un espace d’observation bienveillante : une invitation à mieux comprendre ses besoins émotionnels et à redonner à la nourriture sa juste place.
Quelles émotions apparaissent le plus souvent pendant le jeûne ?
Au début, l’irritabilité et l’impatience sont fréquentes. La nourriture, qui jouait parfois un rôle rassurant, se retire, et les émotions remontent plus facilement à la surface. On peut se sentir à fleur de peau, plus sensible, plus réactif que d’habitude.
Puis, au fil des jours, d’autres états peuvent apparaître : fatigue mentale, baisse d’élan, tristesse passagère, sensation de vide. C’est souvent à ce moment-là que l’on comprend mieux ce que l’on cherchait à combler. Et paradoxalement, après cette traversée, beaucoup décrivent un apaisement, une clarté mentale, une sensation de légèreté — comme si le bruit intérieur diminuait peu à peu. Le jeûne devient alors un voyage : des passages parfois inconfortables, mais aussi de vrais moments de calme et de recentrage.
Comment gérer l’irritabilité pendant le jeûne en famille ?
Le jeûne se vit souvent collectivement, et l’irritabilité fait partie des réactions normales — surtout en fin de journée. L’essentiel est de la reconnaître sans culpabiliser. Mettre des mots sur ce que l’on ressent, respirer profondément, marcher quelques minutes ou s’accorder un temps d’isolement permet d’éviter que la tension ne se transforme en conflit.
En famille, l’attente peut aussi devenir un temps de lien : préparer ensemble le ftour, partager une tâche simple, sortir marcher tranquillement. Ces rituels transforment l’effort en douceur, et le jeûne en apprentissage de patience et de compréhension partagée.
Pourquoi la préparation est-elle essentielle avant de jeûner ?
Un jeûne vécu dans la sérénité commence bien avant le premier jour. Réduire progressivement les excès, simplifier l’alimentation, ralentir le rythme et améliorer le sommeil aident le corps à s’adapter sans brutalité. La manière de rompre le jeûne compte tout autant : privilégier la simplicité, manger lentement, écouter ses signaux permet d’éviter fatigue, lourdeurs et inconfort.










