
Souvent vécu comme un mois de discipline et de maîtrise du corps, le Ramadan peut fragiliser celles et ceux qui entretiennent déjà une relation compliquée à l’alimentation. Comment traverser cette période de façon plus apaisée, pour soi et en famille ?
Nous avons sollicité Kenza Kettani pour nous aider à comprendre les mécanismes en jeu. Elle nous propose des repères concrets pour préserver l’équilibre, sans culpabilité ni pression.
« Le Ramadan n’est pas un test de contrôle, mais un temps d’écoute et de lien. »

Quand la maîtrise fragilise
Le Ramadan est un mois sacré, mais aussi un temps de recentrage bénéfique pour beaucoup : repos digestif, régulation du rythme de vie, meilleure écoute du corps. Chez les personnes ayant une relation fragile à l’alimentation, le jeûne peut toutefois réactiver des mécanismes de contrôle. La privation peut être vécue comme une réussite ou une performance, surtout en cas de passé de restriction ou de troubles du comportement alimentaire. La rupture des routines habituelles peut également générer anxiété et tensions autour de la nourriture.
Pourquoi le cycle restriction / excès est si fréquent
Après une journée de jeûne, le corps cherche naturellement à compenser. À cela s’ajoute une fatigue mentale importante en fin de journée, qui diminue la capacité à écouter ses sensations alimentaires. Résultat : des repas rapides, riches, parfois déconnectés de la faim réelle.
En famille, ce cycle peut être limité en arrivant au ftour moins épuisé, en structurant le repas en plusieurs temps calmes, en commençant par des aliments hydratants et protéinés, et en évitant tout commentaire sur les quantités ou le poids.
Ramadan et perte de poids : changer de regard
Le Ramadan peut favoriser certains bénéfices santé, et une perte de poids peut parfois survenir. Mais elle ne doit jamais être l’objectif principal. Aborder ce mois comme un programme minceur augmente le risque de restriction, d’excès et de culpabilité.
L’enjeu est avant tout d’apaiser le rapport au corps et à l’alimentation. Si une perte de poids survient, elle doit rester secondaire.
Quand le contrôle devient excessif
Certains signaux doivent alerter : obsession des horaires ou des quantités, culpabilité après avoir mangé, peur des repas, comparaison permanente avec les autres, ou sentiment de valeur personnelle uniquement lorsqu’on « tient » sans manger.
Un contrôle excessif fragilise la santé mentale et peut être le point de départ de troubles plus sérieux.
Apaiser la relation à la nourriture, surtout en famille
La clé est de ne jamais compenser un excès par une restriction. Le lendemain, on reprend une routine normale.
Dédramatiser la nourriture, sortir de la comparaison sociale et adopter des habitudes soutenables dans le temps permet de rompre le cercle restriction – excès – culpabilité, chez les femmes comme chez les adolescents.
Astuce pratique au ftour
Commencer par un apport simple et hydratant, faire une courte pause, puis poursuivre avec un repas équilibré aide le corps à sortir du mode urgence. La règle des 80/20 (équilibre et plaisir) reste un repère souple et bienveillant.
Trois erreurs à éviter
• Arriver au ftour en état d’épuisement extrême.
• Classer les aliments en « bons » ou « mauvais ».
• Commenter le poids, les assiettes ou le corps des autres.










