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Dr Siham Bennis : jeûner en toute sécurité, est-ce possible ?

By février 18, 2026 Parents

Le jeûne du mois de Ramadan est un temps spirituel fort, mais il peut poser de réels défis aux personnes diabétiques. Aujourd’hui, grâce aux avancées scientifiques, il est possible d’évaluer précisément les risques et de déterminer, au cas par cas, dans quelles conditions le jeûne peut être envisagé en toute sécurité. Pour nous éclairer sur cette question, le Dr Siham Bennis, médecin généraliste, diabétologue et spécialiste en nutrition et micronutrition, engagée dans une approche à la fois thérapeutique et préventive, partage son expertise.

 

« Pour une personne diabétique, le jeûne du Ramadan ne peut être improvisé : la sécurité médicale doit toujours primer. »

 

Jeûner quand on est diabétique : une décision médicale avant tout
Ces dernières années, de nombreuses études scientifiques ont permis d’établir une stratification claire du risque lié au jeûne chez les personnes diabétiques. Tous les patients ne peuvent pas jeûner, et certaines situations rendent le jeûne formellement déconseillé, sans possibilité de négociation. C’est notamment le cas en présence d’un diabète mal équilibré, d’un diabète traité par insuline (dans la majorité des situations), ou lorsqu’il existe des maladies associées telles qu’une hypertension artérielle, une pathologie cardiaque ou une atteinte rénale. Dans ces cas, le jeûne expose à des risques sérieux, parfois irréversibles.

Des situations à risque modéré, sous conditions strictes
Chez certains patients diabétiques non équilibrés mais traités sans insuline, le risque est considéré comme modéré. Le jeûne peut alors être envisagé uniquement après une consultation médicale préalable. Il nécessite une surveillance glycémique quotidienne, une adaptation du traitement et une information claire sur les signes d’alerte. Le patient doit être formellement averti qu’il doit rompre immédiatement le jeûne en cas de malaise.

Quand le jeûne est-il possible avec un risque faible ?
Le jeûne peut être envisagé avec un risque faible chez un patient ayant un diabète bien équilibré, notamment lorsque l’hémoglobine glyquée est dans les objectifs.
Ces patients ne peuvent jeûner que s’ils sont traités par antidiabétiques oraux, par les nouvelles thérapeutiques injectables (analogues du GLP-1 comme le sémaglutide – Ozempic® ou le tirzépatide – Mounjaro®), ou par une insuline basale.
Dans tous les cas, un suivi médical reste indispensable.

Attention aux nouvelles thérapeutiques
Les analogues du GLP-1 agissent au moment des repas en stimulant la sécrétion d’insuline uniquement lorsque la glycémie augmente. Ils n’entraînent donc pas d’hypoglycémie pendant le jeûne.
En revanche, ils diminuent fortement l’appétit. Pendant le Ramadan, cela peut entraîner des apports insuffisants, un risque de carences, et surtout un apport protéique insuffisant pouvant conduire à une perte de masse musculaire. Les repas du Ramadan étant souvent riches en féculents et produits sucrés, une vigilance particulière sur les protéines est indispensable.

Pourquoi une consultation médicale préalable est indispensable
Une consultation médicale au moins trois mois avant le Ramadan est essentielle afin de réaliser un bilan, d’évaluer le niveau de risque, d’adapter le traitement, de limiter l’activité physique intensive et d’expliquer précisément la conduite à tenir en cas d’hypo- ou d’hyperglycémie. Malheureusement, certains patients persistent à jeûner malgré les contre-indications, ce qui peut conduire à des situations graves et irréversibles.

Comment organiser ses repas pendant le Ramadan ?
Les repas doivent couvrir l’ensemble des besoins nutritionnels essentiels :
• Protéines à chaque repas : viandes maigres, volailles, poisson, œufs, yaourts, fromages frais
• Légumes : une grande assiette variée, en limitant ceux très riches en sucres
• Sucres complexes : pain complet, riz complet ou basmati, légumineuses
La harira peut constituer un bon compromis si elle est équilibrée.

Les principaux risques du jeûne chez le diabétique
L’hypoglycémie
C’est le risque le plus fréquent au cours de la journée.
La glycémie doit être contrôlée en fin de matinée, en fin de journée (environ deux heures avant la rupture du jeûne) et à tout moment en cas de malaise.
Toute glycémie inférieure à 0,75 g/L impose l’arrêt immédiat du jeûne afin d’éviter une complication grave : le coma hypoglycémique.
L’hyperglycémie
Elle survient surtout après la rupture du jeûne, en particulier lorsque le repas est copieux et riche en sucres rapides. Là encore, une glycémie trop élevée impose l’arrêt du jeûne.
La déshydratation et l’atteinte rénale
La déshydratation peut aggraver une insuffisance rénale, parfois de manière irréversible.
L’élévation de la tension artérielle
Elle expose à un risque accru d’accident vasculaire cérébral.

La rupture du jeûne : progressive et réfléchie
La priorité doit être donnée à l’hydratation, avec de l’eau et des soupes. Les jus de fruits restent très riches en sucres, même sans sucre ajouté. En cas de consommation, il est préférable de mixer un seul fruit avec des légumes et de l’eau en conservant les fibres.
Les sucres lents doivent être introduits ensuite pour reconstituer progressivement les réserves d’énergie. Une petite portion de sucres rapides peut être tolérée, comme trois petites dattes maximum.
Le repas doit toujours comporter des fibres et une portion de protéines. En cas d’appétit limité, les apports peuvent être fractionnés et complétés au dîner.

Le shour : un repas indispensable
Le shour est essentiel pour prévenir les hypoglycémies durant la journée et limiter la perte de masse musculaire. Il doit s’apparenter à un petit-déjeuner salé, avec une bonne source de protéines, éventuellement une petite portion de pain complet ou de céréales, et des matières grasses de qualité comme l’huile d’olive.
Les sucres rapides doivent être évités à ce repas, car ils favorisent les hypoglycémies réactionnelles en début de journée. Le jeûne du Ramadan chez la personne diabétique ne doit jamais être improvisé. S’il peut être envisagé dans certaines situations bien définies, il nécessite une évaluation médicale préalable, une surveillance régulière et une hygiène alimentaire rigoureuse. Bien conduit, le Ramadan peut devenir une période bénéfique, mais la sécurité du patient doit toujours primer.