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L’ambiance anxiogène, l’incertitude face à l’avenir, les espaces restreints ou l’ennui… Durant le confinement, les relations entre les parents et les adolescents peuvent parfois être mises à rudes épreuves.

Les explications de Fatine Bensouda Psychologue Clinicienne.

L’adolescence c’est tous ces remaniements psychiques et physiques qui permettent à nos adolescents d’acquérir :

– Capacité de supporter et de surmonter les pertes et les séparations

– La possibilité de traiter leur pulsionalité, c’est à dire utiliser leurs mouvements pulsionnels dans des projets créatifs permettant de construire leur histoire.

– La possibilité d’adapter leur narcissisme à celui de l’autre, dans la possibilité de créer des rencontres sociales (essentielles pour leur bon développement).

Ces acquis se font selon le rythme et les besoins de chaque adolescent. L’âge adulte n’a finalement rien à voir avec l’âge réel.

L’adolescent se sent « de trop », car il est dans un entre-deux. Il est entre l’enfance et l’âge adulte. C’est à la fois accepter la perte de quelque chose (l’enfance) et en même temps pouvoir se retrouver dans l’évocation de souvenirs, d’images, de représentations permettant de lier passé et présent, grâce à l’affect de plaisir. La nostalgie est très importante car elle permet
de considérer que le sujet a pu faire d’une certaine manière le deuil de son enfance.

Chez les adolescents confinés, ils se retrouvent moins avec leurs amis et plus avec soi. On peut retrouver de plus en plus une idéalisation de l’enfance, empêchant l’évolution vers l’âge adulte. Parce qu’il faut investir l’enfance sans idéalisation pour se permettre d’investir un temps futur, c’est à dire être en mesure de faire des projets. Les projets permettent à nos adolescents de pouvoir se sentir vivant dans un monde et dans une temporalité, sentir l’expérience de la durée. Cela est compliqué pour l’adolescent qui a tendance à vivre dans l’instant et a du mal à se projeter. L’adolescent aura besoin de s’isoler plus que d’habitude. On parle d’un comportement de repli à l’intérieur de soi qui permettrait de façon inconsciente de gérer les émotions, les conflits, les inquiétudes relatives à l’avenir en évitant l’entrée dans une pathologie psychiatrique ou le développement d’une phobie. Donc ce comportement protège selon lui à condition qu’il arrive à sortir de sa chambre.

Pendant le confinement, notre adolescent est face à un trop plein de stress, de par les informations anxiogènes avec lesquelles il peut être en contact. Il peut avoir un rythme de sommeil complètement différent car il est plus connecté à son rythme biologique et non au rythme social (moins accès à la différenciation du jour de la nuit). C’est important qu’il se sente accompagné dans tous ces changements qu’il subit.

Des journées perturbées à surveiller

Il arrive à tous les parents de se sentir démunis ou épuisés. Quand la fatigue et le découragement sont là, on s’énerve plus vite et on finit par craquer. Cette période est particulière- ment difficile pour les parents. Entre télétravail, gestion de la maison et gestion des enfants (devoirs, sommeil, crises, alimentation, disputes frères/ sœurs…) la tension peut vite monter.

Il est essentiel d’être dans une posture où on leur fournit des choses à faire et les laisser libre de trouver leur programme, au lieu d’essayer de tou- jours tout contrôler et tout organiser. Donner un temps à chaque activité, en leur posant des questions « et quand est-ce que tu voudrais faire tes devoirs ? » Les accompagner dans leur routine qu’ils ont décidé de mettre en place. Par ailleurs, les adolescents ont aussi besoin d’un cadre strict. « Strict » ne signifie pas « fais ci ou fais ça », humiliations, ou menaces. Un cadre strict est un cadre qui leur fournit des repères clairs de ce qu’ils peuvent faire et comment le faire.

Ce qui les sécurise et leur permet de se sentir entendus et organisés. Un adolescent ne peut se concentrer longtemps, à partir du moment où l’on propose l’activité, il ne tiendra pas longtemps, il faut arrêter de proposer. Prendre du temps avec lui au début pour lui enseigner l’autonomie.

C’est important d’être positive, ce confinement nous donne la chance
de passer du temps avec nos enfants, pour les découvrir et leur donner le plus d’amour possible.

Des tensions supplémentaires à gérer

Le rôle d’adulte se transforme, sa tâche n’est plus de tenir les enfants à carreaux mais de créer des conditions à l’apprentissage et à l’épanouissement individuel et collectif. Si on changeait d’angle ? Si exercer sa fonction de parent n’était plus dans une dualité obéissance/soumission, peut être qu’on sortirait de ce besoin d’exercer un contrôle sur eux.

Pour l’accompagner dans son travail scolaire, on peut préparer à l’avance et sélectionner les activités où il se sent le plus à l’aise.

Et s’assurer que son environnement de travail soit propre et ordonnée. La dimension affective est primordiale dans les apprentissages.

C’est le processus de transmission de la connaissance qui impacte sur ses apprentissages : « comment on lui transmet la connaissance ? ».

Il est essentiel d’encourager vos ados à garder le contact avec leurs amis et surtout à faire de l’exercice physique, pour permettre à leur corps de sécréter de la sérotonine et de la dopamine les hormones du bien-être et du plaisir.

Des règles claires à définir

L’autorité parentale s’exerce sans violence physique et psychique. Sortir de l’idée que nous parents savions tout. Leur permettre d’explorer qui ils sont et de quoi ils sont capables. La mise en place d’un cadre est plus importante que l’autorité exercée sur notre enfant. En effet, il est important de privilégier la construction de la relation avec notre enfant et non pas l’exécution d’une action à un temps donné. L’autorité ne permet pas l’utilisation de leur cerveau et parfois elle n’est pas efficace car ils ne sont pas capables d’utiliser le cerveau préfrontal pour inhiber leur comportement. Autorité peut signifier inconsciemment agressivité, qui déclenche intrinsèquement une situation de stress. Quand cela déborde on peut définir les règles du moment rigolade, du moment écrans…, on peut cadrer le besoin de libération d’énergie de nos adolescents pendant le confinement.

Des comportements à comprendre

L’adolescence est l’âge de la transgression par excellence. Comment convaincre que sortir pour se réunir, par exemple, représente une transgression grave, qui doit être évitée ? Convaincre signifie susciter son raisonnement, persuader serait plus judicieux. Les adolescents sont sou- vent contrariés. Leur raisonnement est déconnecté de leurs émotions. Passons par l’émotionnel pour arriver au raisonnement, et éviter cette recherche de qui a le pouvoir, qui va gagner. On peut poser des questions pour les amener à des conclusions par eux-mêmes. La chaine des « Pourquoi », « pourquoi c’est important pour toi de sortir ? » S’ils veulent toujours transgresser, essayer de comprendre qu’est-ce qu’ils veulent nous dire à travers ce com- portement ? Est-ce qu’ils recherchent notre attention, à prendre le pouvoir sur nous … ? On peut en profiter pour apprendre sur eux, et leur enseigner comment gérer nos émotions et nos frustrations.

Des ados perdus à accompagner

A l’échelle d’une vie d’adulte, ce confinement, quelle que soit sa durée, res- tera assez circonscrit dans le temps. Mais à l’échelle d’une vie d’adolescent, leur perception est différente.

Le plus difficile pour nos adolescents c’est d’être coupé d’un lien social. Il est essentiel de les encourager à garder le contact avec leurs amis et surtout à faire de l’exercice physique, pour permettre à leur corps de sécréter de la sérotonine et de la dopamine les hormones du bien-être et du plaisir. On peut les aider en les accompagnant dans leur démarche vers ce qu’ils considèrent être leur bien-être. Pour cela, penchons-nous sur ce que nous apportent les sciences cognitives.

Nous sommes dotés de 3 cerveaux.

Le cerveau reptilien (archaïque), dont le rôle est d’assurer notre survie, il gère nos fonctions primaires comme la respiration et les battements du coeur. Il réagit par réflexe au danger de trois façons : ATTAQUE, FUITE ou INHIBI- TION (être tétanisé).

Puis le cerveau limbique (émotionnel), il permet la régulation du cerveau reptilien. Il aide à contrôler les réactions d’attaque ou de fuite. Mais pour cela il a besoin d’être tempéré par le néocortex. Le néocortex, le siège du langage, de la conscience, des capacités d’apprentis- sage et des perceptions sensorielles. Dans le néocortex (la plus grande partie du cerveau) nous trouvons le “cortex préfrontal ».

Grâce à lui, nous avons la réflexion, le raisonnement, la créativité, l’imagination, la résolution de problème, la planification, la conscience de soi et l’empathie.
Pour gérer ses émotions, il faut que notre adolescent ait pris le temps de se connecter à soi et de relier le cerveau limbique (émotions) au cortex préfrontal (raisonnement).
Sinon ils peuvent avoir recours à l’acte et à l’agir violent comme mode d’ex- pression d’une souffrance non représentable et donc non verbalisable.

Cette construction se poursuit jusqu’à 25 ans ! C’est-à-dire que les connexions entre le système limbique et le cortex pré-frontal sont matures à 25 ans seulement. Et cela, toujours si l’on a pu évoluer dans un environne- ment emphatique et bienveillant.

Des temps d’arrêt à s’aménager

On peut arriver à bout rapidement. Le confinement nous amène à être les uns sur les autres. Il est important de s’aménager un lieu pour soi et faire des Temps d’arrêt pour faire tout ce qui nous fait du bien (morceau de chocolat, bon repas, ou un bain chaud, lire, écouter de la musique…). Ceci se répercutera sur la qualité de temps qu’on passera avec nos enfants. Expli- quer pendant des heures ce qui ne va pas ne servirait à rien souvent un mot suffit. Il faudrait trouver à l’intérieur de nous les ressources, respirer et faire activité avec eux qui nous fassent du bien, danser avec eux, coloriage mandala, et fournissions leur le maxi- mum de câlin… Les punitions créent rancœur et rébellion. Alors que poser un cadre et faire des règles de vie à la maison ENSEMBLE crée le sentiment d’être considéré/ entendu.


PARENT, COMMENT AIDER VOS ADOS À TRAVERSER AU MIEUX CETTE PÉRIODE?

Tout est une question de posture. Quand on est dans l’écoute, la neutralité bienveillante (sans critiques, sans jugements, sans conseils) on les amène à coopérer et non à obéir. Donc on évite les situations conflictuelles inutiles.
On peut les aider de différentes manières. En suggérant, on peut poser des questions et les laisser parfois se rebeller (sans acte violent). L’adolescence c’est leur moment pour essayer de se séparer de nous. En mettant en place un cadre strict où il y a des repères clairs et des limites à ne pas dépasser. En accueillant leurs émotions, sans penser à ce que l’on va leur répondre. En écoutant tout ce qu’ils ne nous disent pas quand ils nous parlent.

Pour nourrir psychiquement son enfant on a besoin, tout d’abord, d’un grand bol de chaleur affective, les prendre dans nos bras fortement et solidement peut valoir plus que 1000 je t’aime. Puis d’une pincée de petits moments de disponibilité psychique éparpillés dans la journée, être là psychiquement 5min vaut plus que 1h avec son enfant alors que nous pensons au travail ou bien l’on est en même temps sur notre téléphone. Et enfin, une louche de considération. Un enfant qui se sent aimé, respecté et considéré, aura confiance en lui tout en ayant du plaisir à faire par lui même et en prenant des risques sous le regard d’un adulte confiant en ses capacités.