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Longtemps le talent des femmes pour les arts a été dénigré. «Les femmes ne sont pas créatrices» disait-on. C’est surtout qu’elles n’avaient pas accès aux ateliers et les rares femmes ayant pu bénéficier d’une formation solide, ont longtemps dû se cantonner à des sujets sages (fleurs, paysages et portraits féminins), au risque de choquer les critiques, conservateurs et acheteurs. Mais les temps changent et l’art contemporain est désormais le champ de tous les possibles pour les femmes, un lieu où se libèrent la parole et les sentiments forts.

 

 

 

Camille Claudel, toute la douleur du rejet
Née en France en 1864 au sein d’une famille bourgeoise, Camille Claudel n’a que 12 ans lorsque ses dispositions étonnantes pour la sculpture émerveillent son précepteur. A une époque où le destin des jeunes filles se cantonne au mariage, son père l’autorise à partir à Paris pour se perfectionner. C’est là qu’elle rencontre Auguste Rodin. Ils formeront un couple de génie, lié par le talent mais dans lequel Camille se sent aussi étouffée. Elle décide de s’éloigner de Rodin pour créer des œuvres plus personnelles. La beauté et la sensualité de ses sculptures font scandale, surtout venant d’une femme! La vie est dure. Bientôt les crises de paranoïa délirante poussent sa famille à l’interner. Elle décède en 1943. Rodin, préparant son musée de son vivant, décide de réserver à son ancienne amante un hommage posthume à ce vrai génie.

 

 

Chaïbia, l’artiste brute
Mariée à 13 ans, Chaïbia se retrouve veuve à 15 ans, seule à élever son petit garçon. Pour gagner sa vie, elle nettoie la laine. Son fils, le fameux Tallal, se passionne pour la peinture, ce qui encourage sa mère, analphabète, à se saisir elle aussi des pinceaux pour s’exprimer. Dans les années 1960, lorsque le peintre Ahmed Cherkaoui visite l’atelier de Tallal avec le critique d’art français Pierre Gaudibert, ils sont fascinés par les œuvres de Chaïbia et la font venir en Europe. Elle participe alors à d’importantes expositions d’art brut et rencontre un vif succès. Dans le même temps, les tenants des mouvements artistiques marocains, essentiellement des hommes, rejettent sa peinture, qu’ils accusent de contribuer à l’image d’un sous-développement du Maroc. Elle est aujourd’hui l’une des artistes dont les œuvres sont les plus chères et les plus recherchées.

 

 

 

Khadija Tnana, le combat féministe sur la toile
Née à Tétouan au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans un Nord marqué par la rude domination franquiste, et les séquelles encore vives et douloureuses de la guerre coloniale du Rif, Khadija Tnana s’est très tôt frottée à l’urgence de l’engagement politique. Aujourd’hui, c’est principalement par la peinture et les installations qu’elle défend le droit des femmes et lutte contre le mariage forcé des mineures. Ses figures féminines sont graciles et effilées mais jamais pliées, ni arquées. Elle est également très présente sur les réseaux sociaux depuis, qu’avec d’autres militantes, elle a repris l’hymne, avec quelques modifications, «Le violeur, c’est toi !» lancé par les Chiliennes. Un chant repris par des milliers de femmes à travers le monde mais peu parmi les pays arabes, se désole l’artiste.