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Avec Zineb Belkhayat, psychologue clinicienne, psychothérapeute et sexologue, on tente de soulever quelques fondamentaux du plaisir féminin. Entre croyances et réalités, nécessaires connaissance de soi et échanges avec son partenaire, on aborde le clitoris, le fameux point G mais aussi les fantasmes et les rêves érotiques.

Texte Mélanie Wilms · Photos DR

 

 

 

«Tous les bonheurs de l’exploration des corps se valent et ils sont à savourer pleinement et au présent, sans se laisser polluer par les injonctions sexuelles.»

 

 

Si aujourd’hui, le clitoris est reconnu comme le siège de l’orgasme féminin, pendant longtemps son rôle a été minimisé par les conventions sociales, la psychologie voire même la médecine. Considéré comme secondaire dans les rapports sexuels, le clitoris était relégué tout comme le plaisir féminin au rang d’accessoire. Outre les stimulations du clitoris, toute une gamme de plaisirs sensuels s’offrent aux femmes, avec ou sans pénétration, allant des caresses épanouissantes à la jouissance explosive en passant par le plaisir simple d’être en phase avec son partenaire.

Un insondable mystère
Même si pendant longtemps, on a tenu à le rechercher, il n’existe pas de bouton magique sur lequel il suffirait d’appuyer pour déclencher et décupler le plaisir chez la femme. Que l’on soit homme ou femme, l’excitation sexuelle nécessaire au plaisir et donc à l’orgasme passe par la séduction, les gestes, la parole, les caresses, etc. Sans être forcément magique, le clitoris est toutefois un déclencheur de plaisir. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le clitoris, n’est pas un simple petit organe externe. Beaucoup plus grand, il longe la partie supérieure du vagin puis se divise en deux branches pour l’entourer. Et c’est lui qui, stimulé lors des relations sexuelles, serait à l’origine du plaisir. Ainsi, soulignons que si la pénétration vaginale mène au plaisir, il résulte en fait de la stimulation interne du clitoris par les mouvements du pénis.

Appréhender son excitation
Longtemps, le désir masculin était pleinement accepté tandis que son pendant féminin ne se justifiait que par l’amour et la procréation. Ceci n’a pas manqué d’enrayer l’acceptation des désirs intimes des femmes. Aujourd’hui, le comportement sexuel féminin a évolué et celles-ci acceptent plus facilement leurs désirs et l’excitation sexuelle qui en découle. Il est en effet intéressant de rappeler que pour avoir du plaisir, reconnaître son excitation tout comme ne pas la brider est fondamental. Chaleur dans le bas-ventre, sensation d’être humide, vagin qui se modifie, fréquence cardiaque qui s’accélère sont quelques-uns des signes de l’éveil du désir… Notons que d’une femme à l’autre, la sensibilité aux stimuli sexuels – regard, voix, baisers, caresses, pensées érotiques – est différente. Enfin, connaître les ressorts de son excitation permet de les accélérer.

Un imaginaire à explorer!
Prendre du plaisir sans être jugées, c’est exactement ce que désirent les femmes. Libertines ou dévouées, toutes les femmes (ou presque) rêvent et fantasment, éveillées ou endormies. Les fantasmes érotiques féminins ne corroborent pas aux fantasmes masculins. La femme laisse place aux émotions et aux sentiments qu’elle éprouve pour son partenaire. L’objet du désir est souvent une personne avec laquelle elle a créé des liens (mari, compagnon, amis, etc.). Le scénario est plus lent et le plaisir n’est pas forcément associé à l’orgasme sinon à l’atmosphère qui se crée. L’homme associe, quant à lui, le plaisir à la simple vue d’un corps de femme nue, à l’effleurement d’un sein, ou à la reconstitution imaginaire de l’acte sexuel. Par peur d’être jugées, beaucoup de femmes transforment leurs fantasmes en simples «échappatoires»; ceux-ci pourraient pourtant se réaliser grâce à une plus grande complicité avec leur partenaire. Strip-teaseuse pour une nuit, geisha soumise ou plutôt dominatrice, à chacune son style ou son moment…

Des songes pimentés
Quant aux rêves érotiques, s’ils sont naturels et indispensables à l’épanouissement psychique, ils sont souvent liés aux préoccupations sexuelles vécues au quotidien et permettent, la plupart du temps, de combler un manque. C’est d’ailleurs pour cette raison que la frustration ou l’excitation sexuelle sont souvent les déclencheurs de rêves à caractère sexuel. Toutefois, si certains rêves semblent dérangeants ou s’ils se répètent trop fréquemment, il est préférable de consulter un spécialiste de la santé sexuelle.

 

Le déclic du plaisir vaginal?
L’orgasme vaginal demeurant encore pour beaucoup la norme, de nombreuses recherches ont été faites pour trouver la région particulière dans le vagin qui puisse expliquer la survenance d’un orgasme. Il est à présent reconnu qu’aucune véritable différence anatomique n’a été détectée et que l’existence du point G, initiale de Gräfender, nom du sexologue qui évoqua son existence en 1950, est utopique.

 

Les astuces du plaisir
– Bien se connaître est une des clés : la masturbation facilite la découverte du fonctionnement de son corps, du clitoris, et permet de le montrer à son/sa partenaire.
– Participer activement au rapport est essentiel : bouger en rythme, choisir les positions appréciées, fantasmer, échanger des mots doux ou crus.
– Contracter le périnée durant la pénétration majore ses sensations et celles de son partenaire.

 

«Prendre conscience de toutes ses sensations corporelles, les savourer, les entretenir avec ses fantasmes et son imaginaire érotique, c’est ouvrir les portes du plaisir!»

 

Le nécessaire lâcher-prise
Vivre le moment présent n’est pas chose aisée lorsque l’on est submergée par la fameuse charge mentale (logistique, enfants, travail). Le lâcher-prise, essentiel à la prise de plaisir, signifie aussi s’abandonner à son partenaire, en oubliant la peur d’être jugée, les disputes ou encore les conflits. Comprendre les freins qui empêchent de se lâcher est toujours intéressant pour parvenir à les lever : autocritiques élevées, perfectionnisme, sentiment de honte, méfiance envers le partenaire ou abnégation faisant passer ses besoins avant les siens propres. Certaines techniques favorisent le lâcher-prise, comme les expériences de pleine conscience (mindfulness) puisque celles-ci amènent au même état de conscience modifiée que procure le plaisir.

«D’une femme à l’autre, d’un rapport à l’autre, qu’importe les circonstances, l’excitation peut être plus ou moins intense et rapide. Cette fluctuation est parfois difficile à accepter pour certaines, qui se forcent un peu et passent outre les signaux du corps, quitte à avoir moins de satisfaction.»