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Clôturant cette série d’articles consacrés à la micronutrition, cette analyse du profil déficitaire tend à souligner que l’assiette ne fait pas tout quand il s’agit de la minceur ou de la santé. Le docteur Siham Bennis, spécialisée en diabétologie et en nutrition, revient pour nous sur quelques déficiences significatives qui peuvent être corrigées par la micronutrition.

Propos recueillis par Mélanie Wilms · Photos DR

 

«Le micronutritioniste prendra soin de conscientiser son patient pour qu’il puisse retrouver un mode de vie équilibré et dépasser sa peur de manger et de grossir.»

 

Qu’est-ce qui caractérise le profil déficitaire?
Lié à une alimentation déséquilibrée ou une insuffisance et/ou à une mauvaise assimilation, le déficit en micronutriments peut être à l’origine de nombreux troubles fonctionnels tels que fatigue, troubles de l’humeur, infections à répétition, douleurs ostéoarticulaires traînantes, etc.
Dans ce cadre, deux cas de figure sont à distinguer. Le premier est un individu obèse dénutri qui suit régulièrement des régimes restrictifs. Le second est un patient mince voire maigre en dénutrition.

Comment expliquer le phénomène de la résistance à la perte de poids?
Dans le cadre d’une résistance à la perte de poids, il est impératif, avant tout, d’éliminer une cause hormonale comme l’hypothyroïdie, l’hypercorticisme (maladie de Cushing), l’hyperandrogénie.
Ces situations sont heureusement rares.
On peut lier cette résistance à la perte de poids à un déficit en vitamines et minéraux. Cela concerne des individus qui se placent dans un état de restriction calorique volontaire, mais bien que ne mangeant presque rien, conservent toujours des petites rondeurs et grossissent au moindre écart… L’adoption d’une alimentation déséquilibrée ou insuffisante finit à la longue par provoquer des déficits en micronutriments et, par là même, un ralentissement de toutes les fonctions de l’organisme. Face au maintien de la privation, l’organisme se défend en fonctionnant en mode «économie d’énergie» c’est-à-dire qu’il dépense le minimum d’énergie et stocke le moindre excès. Plus encore, les restrictions alimentaires sévères qu’il s’inflige et, par voie de conséquence, l’exclusion de certains groupes d’aliments, sont bien souvent à l’origine de carences en vitamines, minéraux et fibres (calcium, zinc, magnésium, fer, iode, chrome, vitamine B1…). Ces minéraux et oligoéléments sont pourtant indispensables dans les processus de lipolyse, c’est-à-dire la perte de graisse.

Quels sont les impacts significatifs de ces déficiences?
De manière générale, les apports énergétiques insuffisants peuvent provoquer des carences en magnésium, potassium et phosphore. Plus spécifiquement, le taux des vitamines B1, B6, B9 est abaissé lors de régimes faibles en glucides et féculents… Le statut en vitamine E est, quant à lui, affecté par des régimes appauvris en graisses. Plus encore, une alimentation pauvre en viande risque de provoquer un manque de zinc et de vitamine B12, laquelle n’est fournie que par les aliments d’origine animale. Dès le début d’un régime, si un déficit en magnésium se manifeste, il est important d’en tenir compte car celui-ci a un rôle primordial dans la gestion du stress, des pulsions alimentaires et dans la production d’énergie à partir des glucides et des graisses. Enfin, le déficit en sérotonine peut lui aussi rapidement impacter le quotidien. Il entraîne des envies incontrôlables d’aliments sucrés (confiseries, chocolat, pain blanc et gâteaux) généralement entre 17h et 22 h. L’envie assouvie s’accompagne rapidement d’un sentiment de détente et de mieux-être. A l’inverse, en cas de frustration, un comportement agressif peut faire son apparition. L’hypofonctionnement de la sérotonine est d’autant plus marqué dans des régimes protéinés pauvres en glucides.

Qu’en est-il des troubles fonctionnels en relation avec des déficits micronutritionnels?
Le second cas du profil déficit concerne le plus souvent les personnes anorexiques ou maigres, les sujets âgés, les personnes alitées, les malades ou encore les grands sportifs. Chez ces personnes fragiles, il faudrait systématiquement dépister un déficit en micronutriments avant d’atteindre un stade de carence et de dénutrition. Les déficiences de certains micronutriments sont en effet susceptibles d’avoir des répercussions sur la santé, notamment au niveau fonctionnel (susceptibilité aux infections, troubles cognitifs, réduction de la capacité à l’effort, fatigue musculaire). A titre d’exemple, un déficit en fer, avant d’engendrer une anémie, peut se traduire par une diminution des performances physiques et/ou intellectuelles. Par ailleurs, la régulation des fonctions immunitaires est étroitement dépendante d’un certain nombre de micronutriments, de vitamines, de minéraux antioxydants.

Comment le micronutritionniste peut-il intervenir?
Ainsi que nous avons pu le constater dans les précédents articles, la micronutrition joue un rôle dans la prévention des maladies modernes, dont les relations avec l’alimentation (maladies cardiovasculaires, obésité et diabète, troubles digestifs chroniques…). Elle est également particulièrement indiquée dans le cas de déficits micronutritionnels. Après avoir pu dépister les différents déficits et avoir réalisé des bilans spécifiques, le micronutritionniste peut alors entreprendre la correction des carences en réinstaurant un régime alimentaire adapté mais aussi une complémentation spécifique. Il peut notamment être amené à prescrire des produits pour améliorer la protection cellulaire et l’assimilation digestive ou pour lutter contre la fonte musculaire.

 

«La complémentation en micronutrition est personnalisée, le choix de chaque complément se faisant à partir d’une analyse rigoureuse de chaque profil.»

 

Des conseils pour relancer la machine
– Réintroduire les glucides afin de relancer le métabolisme énergétique pour que le corps puisse avoir de l’énergie et déstocker les graisses.
– Manger un à deux repas variés/jour et non grignoter.
– Réintroduire les céréales complètes et les légumes secs qui sont souvent bannis lors des régimes. Or, sources de nombreux minéraux et vitamines (potassium, magnésium, chrome), ils participent à un meilleur fonctionnement de la sérotonine et, par conséquent, participent au contrôle des pulsions sucrées.
– Privilégier les légumes de saison à chaque repas en les accompagnant de mélanges d’huiles d’assaisonnement riches en oméga 3 (colza-olive, colza-noix)
– Consommer des protéines qui permettent de relancer le métabolisme, en particulier les viandes blanches et les petits poissons gras (les sardines, maquereaux, anchois) riches en oméga 3, en iode et en vitamine D.
– Ne pas hésiter à consommer des fruits secs riches, du chocolat noir et des oléagineux riches en magnésium.
– Suivre la complémentation indiquée stricto sensu par le micronutritionniste.

 


Le docteur Siham Bennis est docteur en médecine. Elle a commencé à exercer en 1998. Toujours orientée vers une médecine globale et intégrative, elle a cumulé plusieurs formations en diabétologie et en nutrition qui sont ses principales activités, mais également en thérapies comportementales et cognitives, en nutrition et physiologie du sport ainsi qu’en micronutrition.