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Après avoir observé les principaux traits du profil métabolique, nous interrogeons cette fois le docteur Siham Bennis, spécialisée en diabétologie et en nutrition, sur les caractéristiques du profil digestif et les mesures à prendre pour recouvrer l’équilibre et la santé.

Propos recueillis par Mélanie Wilms · Photos DR

 

 

«Nous avons 100 000 milliards de micro-organismes ou microbes (bactéries, virus, champignons) qui résident dans notre tube digestif, soit entre 1,5 à 2kg ! C’est ce qu’on appelle communément «la flore intestinale» et que l’on désigne aujourd’hui sous le terme de microbiote.»

Qu’est ce qui caractérise un profil digestif typique?
Un patient au profil digestif est tout d’abord une personne qui souffre régulièrement de troubles du transit. Il peut s’agir de constipation (1 selle tous les 2 jours), de diarrhée (2 à 3 selles/ jour) ou de l’alternance des deux. Cette personne peut également présenter des ballonnements et des gaz intestinaux, voire ressentir des douleurs abdominales immédiatement après les repas ou quelques heures plus tard. Ce patient montre en outre une sensibilité accrue à de nombreux aliments.

Quelles sont les mesures qui peuvent être entreprises?
De nombreuses personnes consultent pendant des années et prennent des comprimés à base de charbon, des laxatifs, des anti-acides. Ces traitements, bien qu’ils soient efficaces sur le court terme, ne sont pas suffisants. En effet, les symptômes réapparaissent dès l’instant où ils sont arrêtés. La solution durable à envisager est une réelle prise en charge de l’intestin.
Notons qu’il conviendrait que chaque personne présentant un surpoids, une obésité, une maigreur ou encore une maladie chronique (diabète, HTA, arthrose, maladie neurologique…) entreprennent le dépistage de dysfonctionnements digestifs tels qu’un déséquilibre du microbiote, une inflammation intestinale, voire une hyperpermébilité intestinale (Leaky gut Syndrome)

Quel est l’élément clé de ce profil?
L’état du microbiote intestinal a, dans ce cadre, et par extension sur la santé en général, un impact décisif. Il a en effet été constaté qu’il avait une grande importance dans le fonctionnement de l’organisme et un rôle potentiel dans le développement de nombreuses maladies. Cette spécificité provoquant un intérêt toujours croissant, pas moins de 20 000 publications lui ont déjà été consacrées.

Quels sont les liens spécifiques entre la santé et l’état du microbiote?
Tout d’abord, il convient de préciser, concernant le microbiote, que plus de 80% des microbes qui le composent sont des «bactéries amies». Vivant en symbiose avec l’hôte, elles jouent plusieurs rôles cruciaux dans sa physiologie, dont la réponse immunitaire, la digestion des aliments non digestibles et la production de vitamines, d’acides bilaires, de composés bioactifs. Elles sont également connues pour être impliquées dans la dégradation des toxines, des carcinogènes, l’inhibition des pathogènes et le maintien de la muqueuse intestinale. Un microbiote en bonne santé est un microbiote riche en «bactéries amies». Dans certaines situations, il arrive que la proportion de ces «bons microbes» diminue au profit des «mauvais microbes». C’est ce déséquilibre qui a des conséquences négatives sur la santé. Un microbiote déséquilibré peut ainsi participer à l’apparition de maladies métaboliques telles que le diabète, la stéatose hépatique (graisse dans le foie) et les maladies cardio-vasculaires. Le microbiote influençant également le stockage des graisses, peut entraîner chez l’individu une prédisposition au surpoids ou au contraire à la maigreur. Par ailleurs, l’état du microbiote joue un rôle dans le comportement et l’humeur. Des liens sont de plus en plus établis entre un microbiote déséquilibré et l’apparition de maladies psychologiques (dépression, autisme) ou de maladies neuro-dégénératives (Parkinson, Alzheimer). Notons qu’il pourrait même influencer l’efficacité de l’immunothérapie contre le cancer.

Quelles sont les pistes d’intervention sur le microbiote?
De nombreuses études ont prouvé qu’une manipulation efficace du microbiote intestinal peut prévenir des troubles métaboliques comme l’obésité. Ces manipulations passent entre autres par une adaptation du régime alimentaire à court et à long terme et un apport en probiotiques (souches de bactéries vivantes bénéfiques) et en prébiotiques (fibres qui stimulent la croissance des bonnes bactéries). Celles-ci demeurent les substances diététiques les plus sûres et les plus efficaces pouvant modifier le microbiote. En termes de conseils alimentaires, il est indiqué de réduire les sucres, les féculents, les farines blanches, les produits transformés et les mauvaises graisses pro-inflammatoires (huile de tournesol, maïs, soja, etc). Il est en outre important d’opter pour une alimentation riche en fruits, en légumes, en épices, en aliments lactofermentés, en céréales complètes et en légumes secs. Pour les personnes sensibles, notons qu’il est recommandé de réduire le gluten et le lactose pendant au moins 3 mois.

 

Des facteurs déséquilibrants à identifier
– Une alimentation inadaptée : les «bonnes bactéries» se nourrissent de fibres (légumes, céréales complètes) tandis que les «mauvaises bactéries se nourrissent de sucres, de produits raffinés, de mauvaises graisses et de viandes. Une alimentation déséquilibrée de type occidentale, pauvre en fibres va dès lors déséquilibrer le microbiote au profit des mauvaises bactéries.
– Une prise répétée d’antibiotiques (surtout chez les enfants), d’anti-acides, d’anti-inflammatoires : les antibiotiques détruisent toutes les bactéries, les bonnes et les mauvaises. Pour restaurer un microbiote sain, plusieurs semaines sont nécessaires. Il conviendrait de prendre en cours de traitement des «probiotiques» comme l’ultra-levure. Concernant les médicaments réduisant l’acidité de l’estomac, il est important que leur prise ne dépasse pas 1 à 2 mois. Or la plupart des patients les prennent à vie pour se soulager, ce qui a un impact très négatif sur la digestion et la qualité du microbiote.
– Une infection type gastro-entérite
– Le stress, la ménopause, la grossesse, le sport intensif

 

Les intolérances alimentaires, un paramètre à interroger?
– Les notions d’allergie et de sensibilité sont à distinguer.
– Apparaissant très tôt dans la vie, la vrai allergie, ou intolérance, est rare. Elle se manifeste par des douleurs ou des manifestations allergiques après la consommation de l’aliment allergisant.
– La sensibilité est quant à elle le plus souvent acquise. Apparaissant plus tardivement, elle concerne des sujets dont l’intestin est fragilisé par un microbiote déséquilibré. Lorsque le patient présente des troubles digestifs suite à l’ingestion de gluten ou de lactose, il lui est conseillé d’éviter la prise de ces aliments durant quelques mois.

 

Le docteur Siham Bennis est docteur en médecine. Elle a commencé à exercer en 1998. Toujours orientée vers une médecine globale et intégrative, elle a cumulé plusieurs formations en diabétologie et en nutrition qui sont ses principales activités, mais également en thérapies comportementales et cognitives, en nutrition et physiologie du sport ainsi qu’en micronutrition.