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Une étude vient de me soulever le coeur et de me renvoyer 10 ans plus tôt.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), un tiers des femmes dans le monde est victime de violence et il s’agit majoritairement de violence conjugale.
Je fais partie de ces femmes, mes enfants heureusement ne le savent pas.

Texte Wissal Faris. Confidences de malika B.

 

 

Cette expérience, j’aurais pu l’éviter, j’aurais dû l’éviter. C’est aussi pour cela que j’ai envie de partager mon histoire avec d’autres femmes pour qu’elles ne se retrouvent pas dans cette situation. Nous étions en hiver et depuis quelques mois, l’atmosphère à la maison était irrespirable. Mon mari me trompait depuis plus d’un an. J’avais pensé instaurer une cohabitation neutre afin de préserver le foyer mais il était tellement violent verbalement, imprévisible dans ses colères et son comportement que je n’en pouvais plus. J’avais donc soulevé l’idée du divorce, inconcevable à ses yeux, ou au moins une séparation de domicile pour que nos trois enfants, deux garçons de 10 et 8 ans et une petite fille de 2 ans ne vivent plus dans cette ambiance. J’en avais appelé à sa famille pour m’appuyer.

Nous en étions là lorsque je suis réveillée en pleine nuit par un coup de fil. C’est lui. D’une voix saccadée, il me dit qu’il m’aime, qu’il ne peut envisager de vivre sans moi et qu’il se prépare à se suicider dans notre ferme si je ne viens pas. Puis il raccroche.
Que faire ? Appeler ses parents ?
Je n’ose pas, il est 2 heures du matin. Appeler un de nos amis communs? N’aurais-je pas l’air ridicule?
Je commence alors à tourner en rond.
Impossible de dormir, une idée résonne sans cesse dans ma tête. Et s’il disait vrai, comment vivrais-je avec cette culpabilité? Finalement, je me décide, je pars le rejoindre.
Je roule 1 heure en ville, puis sur l’autoroute et enfin sur une petite route de campagne, éclairée seulement par les rayons de la lune. L’angoisse m’étreint, je manque plusieurs fois de faire marche arrière mais je continue pourtant, accrochée au volant, tétanisée par la peur et guidée par la culpabilité.

J’arrive enfin, il ouvre le portail. Personne avec lui, le gardien n’est pas là.
Peut-être dort-il? J’apprendrai par la suite qu’il est absent. J’ai un mouvement de recul. Mon mari est saoul mais j’entre quand même. J’ai du mal à calmer mes tremblements mais je continue à avancer. Et là, tout s’enchaîne.
Il ferme la porte d’un coup sec, me frappe et me propulse sur le fauteuil puis calmement, il s’assoit en face de moi.
Le regard fixe et froid, armé de son fusil de chasse. Il me déverse alors toute sa colère : tout est de ma faute, je ne sais pas tenir un ménage, je ne sais pas m’occuper de lui, j’ai fait glisser notre couple dans cette situation,…
Je sens qu’il est inutile de répliquer alors je le laisse parler.
Le ton commence à baisser, moins colérique mais plus froid, mon sang se glace. Ce n’est pas une image, j’ai froid, terriblement froid et je prends conscience de ma complète vulnérabilité. Je suis dans une ferme isolée de tout, seule avec un homme que je ne reconnais plus.
Il vient de me frapper, il est ivre de colère, les yeux explosés de fatigue. Les téléphones ne fonctionnent pas, il n’y a pas de réseau. Une question revient sans cesse : a-t-il encore conscience de ses gestes. Le fusil reste pointé sur moi. Il va me tuer, dit-il, après il mettra fin à ses jours.
J’ai la bouche sèche, la langue pâteuse. Les mots sont d’abord difficiles à sortir, mes paroles sont saccadées. Je commence à lui parler de nos enfants, à lui rappeler les premiers jours ensemble. Je m’entends encore lui demander de me pardonner d’avoir osé penser au divorce. Nous donner une seconde chance, tout oublier… pour partir d’ici.
Cela se fera petit pas par petit pas. Nous quitterons la propriété aux alentours de midi, cela m’a semblé une éternité. Je me souviens encore d’avoir ressenti les rayons du soleil sur mon visage comme une bénédiction, un bonheur.
Chaque minute en voiture me ramenait un peu plus à la vie.
Le péage enfin, mes tremblements reprennent, je ne peux plus les arrêter comme si toute la tension accumulée se déchargeait enfin. Je suis restée près de 10 heures enfermée, menacée par une arme à feu. Rentré à la maison, il s’effondre sur le lit. Et moi, je m’effondre sur le sol, adossée au mur.
Combien de temps suis-je restée à pleurer.
Je ne m’en souviens plus.
J’ai ensuite appelé mes beaux-parents. Ils ont accepté de me soutenir dans ma procédure de divorce. C’est ce qu’ils ont fait et je les en remercie infiniment.

Et entre mon ex-mari et moi? Tout va bien, un peu comme si cet épisode ne s’était jamais produit, comme si cela n’avait aucune importance.
Sauf que, le fusil était chargé et qu’une catastrophe aurait pu se produire sans que mon ex-mari n’ai conscience de son geste, imbibé de colère et d’alcool. Ma belle-mère n’a pas compris que je sois partie le rejoindre.
Elle a parfaitement raison et pourtant je l’ai fait. Plus jamais ça. Si vous êtes un jour dans ce cas, ne faites pas comme moi. Pour celui que vous aimez, ou que vous avez aimé, et pour vous, éloignez-vous, partez s’il le faut pour vivre de manière apaisée.